Au Japon, de nos jours, les agences de »personnages à louer » servent à débloquer des situations familiales complexes ou à exprimer des sentiments que la culture réprouve. La réalisatrice Hikary, à l’aide d’un acteur Nord-Américain, en fait une jolie comédie où chacun apprend à mieux se connaître et à entrer en relation sincère avec l’autre.
RENTAL FAMILY de Hikary. Japon/Etats-Unis, 2025, 1h45. Avec Brendan Fraser, Takehiro Hira, Mari Yamamoto, Shannon Gorman.
Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France
Résident depuis 7 ans au Japon, Phillip est un acteur au chômage, après une petite carrière à la télévision ou dans la publicité. Une agence de location de personnes lui propose de jouer un rôle en vrai pour des personnes ayant besoin de prétendre auprès de leur entourage, pour des raisons professionnelles, sociales ou affectives, soit pour faire figuration dans une cérémonie, ou entrer en relation plus intimement avec des personnes solitaires.

Brendan Fraser, célèbre acteur américain, interprète avec douceur ce personnage, doté d’une imposante silhouette, maladroit dans le quotidien et solitaire dans sa vie affective. Avec réticence mais parce qu’il a besoin de ce salaire, il accepte de jouer des rôles auprès des clients de l’agence : un mari temporaire, un père, un journaliste. S’il jouait avec fougue les pirates dans une série télévisée, aujourd’hui ces prestations le gênent et les différences culturelles n’expliquent pas tout. Jouer à l’écran ou dans la vraie vie, quelle différence ?
Plongée au cœur de la vie japonaise, dans ses rites sociaux (mariage, enterrement) ou religieux et scolaires, Rental Family est un savoureux portrait du Japon contemporain, dont on découvre les arcanes à travers les réactions de Philip et de ses collègues de travail. La réalisatrice trouve la juste mesure de la comédie sans toucher au ridicule ni se moquer des clients. Et ne pousse jamais les situations jusqu’au drame.
En s’interrogeant sur un phénomène de société réel, le film interroge notre besoin d’illusion et de gentils mensonges pour nous aider dans la complexité de nos relations sociales. C’est notre rapport à l’autre, en toute honnêteté, qui nous permet d’avancer. Une tendre et savoureuse comédie.
Magali Van Reeth

