C’est l’histoire vraie de John Davidson, atteint depuis l’adolescence de cette maladie neurologique décrite pour la première fois au XIXᵉ siècle par Gilles de La Tourette. Le long métrage le saisit à l’apparition des symptômes en 1983 lorsqu’il a 14 ans, et le suit jusqu’à l’âge adulte où, devenu un porte-parole des malades de cette maladie, il dispense des formations aux éducateurs et aux policiers.
PLUS FORT QUE MOI / I SWEAR de Kirk Jones. Royaume-Uni, 2025, 2h01. Avec Robert Aramayo, Paul Donnelly, Douglas Rankine, Scott Ellis Watson, Peter Mullan, Maxine Peake
Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France
Le film nous éclaire sur le syndrome de La Tourette dont les symptômes consistent en un ensemble de tics, de tocs, de gestes incontrôlables et parfois de vocalises irrépressibles pouvant prendre la forme d’insultes, à tort et à travers, et c’est »plus fort que lui ». Représenter cette maladie au cinéma semblait à priori très difficile à retranscrire avec justesse et sans tomber dans la caricature. Mais le cinéaste anglais réussit cette prouesse en signant un film poignant, drôle, instructif et humaniste.

Ce long-métrage est donc le parcours d’un être fragile, confronté à une maladie qui bouleverse son quotidien, ses relations et sa place dans la société. Kirk Jones choisit une approche pudique et attentive. Il filme l’intime, les silences, les hésitations, les petits gestes du quotidien. Le réalisateur dose parfaitement les ressorts émouvants mais aussi ceux involontairement comiques du comportement de John. Les saillies verbales incontrôlées du héros sont hilarantes, par leur côté imprévisible et embarrassant. Plus fort que moi repose sur la force de son personnage principal et sur la sincérité de son regard. Extrêmement touchant, jamais caricatural, il incarne une vulnérabilité rare à l’écran. On s’attache à lui, on partage ses doutes, ses peurs, ses espoirs.
Mais Plus fort que moi ne raconte pas seulement un combat individuel. Il met aussi en lumière l’importance de l’entourage. Le film montre à quel point un environnement bienveillant peut transformer une trajectoire de vie. Grâce à ce soutien, le personnage parvient à s’intégrer, à évoluer, à franchir les barrières de l’ostracisation pour s’accomplir en tant que personne. et surtout à faire connaître sa maladie.
Le film est classique dans sa forme et efficace dans son impact émotionnel. Ce choix, combiné à une écriture rigoureuse et factuelle, permet au récit de garder un équilibre constant entre humour, douleur, drame et didactisme. La mise en scène est sobre, le récit linéaire, la construction prévisible. Robert Aramayo, absolument époustouflant, a suivi durant 3 mois John Davidson pour en apprendre le plus possible sur le personnage qu’il allait interpréter. Son jeu s’inscrit dans un style de cinéma qui met l’accent sur les personnages et les émotions profondes.
Magnifique ode à la tolérance et à la compassion, ce film, avec son message pédagogique, porte sur un sujet rarement exploré au cinéma. Il est à l’image de son titre original qui joue sur le double sens – comme en français – du mot jurer : acte de foi et d’engagement (jurer sur la Bible) aussi bien qu’éructation de jurons agressifs. Davidson continue aujourd’hui encore à militer pour la compréhension et l’acceptation des personnes atteintes du syndrome de La Tourette.
Philippe Cabrol

