Nuremberg, pour le régime Nazi, c’est là que tout a commencé et que tout a fini. Le film du même nom de James Vanderbilt traite du célèbre procès qui y fut organisé par les Alliés en 1946. En l’abordant sous un angle plus psychologique que purement juridique, il évite la redite et prend le spectateur à témoin de l’affabilité du mal.
NUREMBERG de James Vanderbilt. Etats-Unis, 2025, 2h28. Russell Crowe, Rami Malek, John Slattery, Michael Shannon.
Critique d’Anne Le Cor, SIGNIS France
Quand les Alliés décident du procès, des dizaines de hauts dignitaires Nazis ont été capturés ou se sont rendus. C’est le cas d’Hermann Göring, bras droit et héritier putatif d’Hitler. Afin de déterminer s’ils sont aptes à être jugés pour leurs crimes, le psychiatre américain, Douglas Kelley, est chargé d’évaluer leur santé mentale. Une relation particulière s’instaure entre lui et Göring, réputé être un manipulateur hors pair. Qui, de ce duel psychique entre un duo improbable, sortira vainqueur ?

L’approche psychologique ne cherche pas à « humaniser » le nazisme, mais à montrer que le mal absolu peut se cacher sous des apparences avenantes et susciter l’empathie. Le film tente de comprendre comment des êtres humains ont pu engendrer de telles monstruosités. Et il apporte quelques pistes : l’idéologie, la rationalisation mais aussi le déni, le cynisme et même la séduction. Nuremberg nous plonge dans un univers sombre et carcéral où se tisse un huis-clos entre Göring et le psychiatre.
Dans son uniforme bleu ciel, dépouillé de ses oripeaux militaires, le Reichsmarschall est presque lumineux face au kaki foncé des tenues des soldats Américains. Mais son visage buriné des excès de drogue n’augure rien de bon. L’acteur australien Russel Crowe qui l’interprète livre une prestation à la fois puissante et trouble : le ton est juste, la stature imposante, le regard magnétique. Face à lui, Rami Malek, dans le rôle du psychiatre, muscle son jeu qui devient plus subtil et nuancé au fil des entretiens.
La différence physique entre les acteurs accentue l’aspect à priori inégal de la confrontation. Pourtant, le naïf et frêle Malek/Kelley ne se laisse pas dévorer par l’ogre Crowe/Göring. Les comédiens comme leurs personnages se complètent et se font face dans un tête à tête ambigu d’où chacun sortira à la fois gagnant et perdant. Étrangement ou pas, les existences des deux protagonistes se finiront de la même façon.
Les rôles secondaires ne sont pas en reste : Michael Shannon dans le rôle du procureur américain et Richard E. Grant dans celui du procureur anglais sont à la hauteur du duo de tête. Mais la surprise du film vient du jeune acteur britannique Leo Woodall qui incarne le traducteur. Dans une scène émouvante de confession, il transcende le pathos pour donner tout son sens à ce moment de vérité.
Si le film est un peu poussif et attendu au début, il monte en puissance et intensité au moment du procès qui nous plonge dans la réalité historique. La reconstitution de la salle du tribunal est impressionnante et poignante. Le procès est ce qui donne de l’ampleur au film et aux personnages. Les Nazis ne cherchent pas à nier mais à minimiser leur rôle dans la solution finale. Le point de bascule intervient à la projection d’un film sur la découverte et la libération par les Alliés des camps de concentration. Les images d’archives s’insèrent intelligemment et de façon naturelle au film.

La mise en scène est sobre et montre clairement la motivation du procès : le régime nazi est né par des lois et doit finir par la loi. D’autres trouvailles du récit sont bien pensées comme l’utilisation d’un tour de magie pour expliquer le suicide de Göring. La fin du film fait écho au présent en signifiant que le retour du fascisme est possible, même dans un pays comme les Etats-Unis.
Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur et scénariste américain James Vanderbilt a choisi d’adapter l’ouvrage de l’historien Jack El-Hai, Le Nazi et le psychiatre. Nuremberg est un film de facture assez classique mais qui marque par sa capacité à traiter l’histoire de manière cinématographique. Le film est parfois rugueux quand il égratigne le Vatican ou au moment des pendaisons mais il offre différents points de vue, évitant ainsi un manichéisme trop marqué. Il ne magnifie pas pour autant un homme, qui en ne reniant pas Hitler, scelle sa propre chute.
Anne Le Cor

