MédiasLes Chroniques CinémaLE GATEAU DU PRESIDENT de Hasan Hadi, prix oecuménique Miskolc 2025

LE GATEAU DU PRESIDENT de Hasan Hadi, prix oecuménique Miskolc 2025

Il est très rare de voir au Festival de Cannes des films irakiens et le premier film d’Hasan Hadi, tourné en Irak, est un petit bijou. C’est à hauteur d’enfants que le réalisateur nous dévoile le quotidien de son enfance dans l’Irak de Saddam Hussein, sous les bombes américaines. « Ce long métrage, à ses yeux, est un équilibre parfait entre fable, réalisme et souvenirs d’enfance ».

LE GATEAU DU PRESIDENT de Hasan Hadi. Irak, 2025, 1h43. Avec Rahim AlHaj, Waheed Khreibat, Baneen Nayyef, Sajad Qasem. Festival de Cannes 2025, section Quinzaine des cinéastes, Caméra d’or. Prix œcuménique Miskolc 2025.

Critique de Diane Falque, SIGNIS France

Le film s’ouvre sur un magnifique ballet de barques à travers la brume dans la région des marais à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate, où deux enfants Lamia et Saeed pagaient pour se rendre à l’école. Lamia vit avec sa grand-mère Bibi et son coq Hindi, Saheed avec son père infirme.

Nous sommes en 1991. Au début du film, il nous est précisé que « dans un contexte où l’Irak croule sous les bombes, sa politique est condamnée par des résolutions de l’ONU ». Malgré cela, le dictateur souhaite célébrer son anniversaire dans tout le pays. Partout on s’organise pour la fête. A l’école, la jeune Lamia est désignée par tirage au sort pour apporter un gâteau et Ahmed des fruits. Autant dire « mission impossible » à l’heure des sanctions internationales et des pénuries. Car la recette du cake demande des œufs pour la fertilité, de la farine pour la vie, du sucre pour la vie douce, de la levure pour un gâteau moelleux… Commence alors une véritable odyssée pour les deux enfants à travers les ruelles et les marchés bondés de la grande ville de Bassora. C’est une question d’honneur pour eux d’y arriver. Ils débordent d’ingéniosité, de débrouillardise ; ils livrent une véritable course contre la montre, avec le coq Hindi, fidèle compagnon pendu au cou de la fillette et la montre de son père au poignet.

Les personnages qu’ils croisent sur leur route sont autant de portraits de la société irakienne, touchants, inquiétants, livrés à eux-mêmes pour gérer leurs multiples galères quotidiennes, comme les pénuries et les denrées alimentaires hors de prix. Chacun tente tant bien que mal de survivre dans ces temps de guerre, abîmé par la pauvreté et les accidents : un marchand suspicieux et une jeune femme enceinte, un vendeur de volaille trop gentil pour être honnête, un homme bientôt marié aveugle à cause d’une bombe américaine. Et une administration désorganisée : Bibi la grand-mère qui cherche partout sa petite fille disparue, nous offre un détour par l’hôpital où l’on manque cruellement de médicaments et par le commissariat géré par des policiers incompétents et débordés.

Ne nous y trompons pas : à travers son film le réalisateur nous livre un message lourdement politique. En arrière-plan de cette folle épopée, nous découvrons l’omniprésence du dictateur, à qui est voué un véritable culte de la personnalité. Les affiches sont partout et les slogans à sa gloire sont scandés par les élèves : « Avec notre âme, avec notre sang, nous nous sacrifions pour toi, Saddam ». Derrière le trait burlesque, le réalisateur nous dresse un portrait sévère d’un régime en sursis, où les fastes qui entourent le chef de l’État contrastent avec le manque des biens les plus élémentaires de sa population. Où règne la crainte des représailles, la corruption, le troc, la ruine.

Le film est magnifiquement porté par les deux jeunes acteurs au regard lumineux qui nous partagent leur énergie, leur espoir, leur résilience, sans tomber dans la naïveté. Sans oublier le fidèle coq Hindi ! Avec un scénario soutenu, de magnifiques photographies et des portraits saisissants, Hasan Hadi a su nous transmettre son amour pour son pays et son peuple.

Au Festival de Cannes 2025, où le film était présenté à la Quinzaine des cinéastes, il a reçu le prix de la Caméra d’or qui récompense une premier film, toutes sections confondues. Ainsi que le prix œcuménique au Festival de Miskolc (Hongrie).

Diane Falque

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