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LE SON DES SOUVENIRS d’Oliver Hermanus

Techniquement soigné, ce drame est basé sur une nouvelle de l’écrivain Ben Shattuck, qui en a coécrit l’adaptation. Le film impressionne par le classicisme de sa démarche et son accent tant romanesque que mélodramatique.

LE SON DES SOUVENIRS d’Oliver Hermanus. Etats-Unis/Grande Bretagne.2025, 2h07mn. Avec Paul Mescal, Josh O’Connor, Chris Cooper. Festival de Cannes 2025, compétition officielle.

Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France

Dans ce film, tout commence et finit par le son. Le film s’ouvre sur l’enfance de Lionel, gamin né dans une ferme perdue du Kentucky et doué d’un don : il est capable de reconnaître et d’enregistrer tous les sons. Dés le début du film on découvre que pour Lionel « chaque son a une couleur ». Dans la dernière scène, c’est un son perdu depuis des décennies qui secouera un Lionel devenu vieil homme.

Lionel et David se rencontrent autour d’un piano, dans un bar de Boston en 1917, et tissent des liens profonds. Ils se comprennent au moindre regard, à la moindre note, car la musique qui les unit et les habite est au centre de toutes leurs préoccupations.

Musicologues passionnés par la musique américaine, ils se lancent dans l’enregistrement de chants folkloriques sur cylindres de cire. L’été qu’ils passent ensemble pour collecter des chansons folkloriques traditionnelles en voie de disparition, faute de transmission, bouleverse leur vie et marquera à jamais Lionel. En déambulant dans les campagnes du Maine, les deux musicologues au-delà d’un travail de collecte musicale, enregistrent une histoire des hommes : celles des agriculteurs, des femmes, des enfants, des marginalisés qui gravent une trace de leur mémoire collective et captent pour le futur une culture et des coutumes incarnées dans un art oral.

Ce voyage les rapproche d’autant plus que leur amitié s’est d’emblée transformée en relation amoureuse. Le Son des souvenirs peut donc être comparé à un voyage à travers la Nouvelle-Angleterre, un voyage dans l’histoire mémorielle, un voyage culturel dans un pan de la musique américaine ancestrale, et un voyage romanesque pour deux personnages qui vont vivre quelque chose de fort le temps d’une parenthèse hors du temps. C’est certes une histoire de passion « interdite », mais surtout une étude de la mémoire, de la perte et des fragments d’intimité qui définissent une vie.

Hermanus n’a jamais été un réalisateur de sentiments faciles. Ici, il montre l’impossibilité de préserver le bonheur, la perte de nos histoires musicales, personnelles, émotionnelles. Ce long-métrage discret et émouvant rappelle que l’amour ne disparaît jamais vraiment, mais reste dans la mémoire. Au-delà d’une magnifique histoire d’amitié et d’amour, le réalisateur parle également du passage du temps, d’une existence hantée par les souvenirs et les regrets.

Paul Mescal et Josh O’Connor offrent des performances tout en délicatesse, leurs silences étant aussi éloquents que leurs paroles, et Chris Cooper offre une prestation absolument remarquable en incarnant la fin de carrière de Lionel. Paul Mescal, incarne Lionel comme un homme trop passif pour saisir le bonheur lorsqu’il se présente à lui. Josh O’Connor apporte à David un esprit vif.

La photo est particulièrement admirable. Le rythme est assuré par les différentes séquences narratives et servi par une palette de couleurs remarquables et des cadrages subtils en pleine nature.

Mettant en scène des moments intimes avec retenue, préférant les ellipses aux révélations, Oliver Hermanus nous offre avec Le Son des souvenirs une œuvre profonde, d’une grande finesse, sobre et contemplative. Il s’y mélange avec grâce et maîtrise, poésie mélancolique, ballades envoûtantes, regard sur l’histoire, analyse musicologique, devoir de préservation et de transmission d’un héritage ancestral, chagrin endeuillé à travers un homme blessé, hanté par le souvenir d’un autre, qui ne cesse de reproduire cette douleur.

Philippe Cabrol

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