Dans la ville de Tanger, au nord du Maroc, vivait une grande communauté d’origine espagnole, dont est issue la réalisatrice. Hommage chaleureux à sa famille, au vivre ensemble et à une vieillesse qui refuse de se laisser enfermer.
RUE MALAGA de Maryam Touzani. France/Japon/Belgique/Maroc, 2025, 1h56. Avec Carmen Maura, Ahmed Boulane. Mostra de Venise 2025, prix du public.
Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France
Depuis bientôt 80 ans, Maria Angeles vit rue Malaga, entourée des souvenirs de ses parents et de son mari disparus. C’est une femme joyeuse et souriante, avec un mot aimable pour tous ses voisins. Elle aime faire ses courses au marché, où tous la connaissent, et préparer des plats typiquement espagnols. Lorsque sa fille arrive inopinément de Madrid et lui annonce qu’elle veut vendre l’appartement, son monde s’effondre.

C’est la célèbre actrice espagnole Carmen Maura qui joue le rôle de cette femme, dont elle a l’âge. Formidable prestation d’une comédienne qui est pratiquement dans tous les plans du film, savoureuse dans ses moments de joie, touchante dans sa rage silencieuse et émouvante dans sa nudité. Pour la réalisatrice, comme pour l’actrice, il était important de montrer des personnages ayant vieilli, des visages ridés, des peaux parsemées de tâches. Mais que, même à 80 ans, on veut rester libre de ses choix et aimer. En vieillissant, le corps change mais on a toujours 20 ans dans sa tête lorsqu’il s’agit d’indépendance, d’émois amoureux, de désir et de sensualité. Maryam Touzani montre deux personnes âgées redécouvrant l’amour et le plaisir d’une sexualité partagée. Avec une grande pudeur et le professionnalisme de Carmen Maura et de Ahmed Boulane, les scènes intimes sont justes et d’une grande délicatesse.
La traditionnelle voix-off qui permet d’éclaircir certains points du scénario est ici judicieusement remplacée par les confidences de Maria Angeles à son amie d’enfance, Josepha. Une autre façon de communiquer, mise en scène avec humour et espièglerie : il y a tant de façon différentes de se confier et de s’épauler. La réalisatrice aime aussi donner »des rôles » à des objets anodins : le tiroir qui coince dans son va-et-vient, le pilon pour préparer la farce, le magasin d’antiquités où les vieilles choses sont aimées et réparées.
La photo de Virginie Surdej est lumineuse, laissant s’infiltrer, dans le choix des couleurs et des cadres, toute la poésie déjà présente dans les deux précédents longs-métrages de Maryam Touzani, Adam (prix Croire au cinéma 2021) et Le Bleu du caftan (2022). Un film délicat qui, sans donner de leçons, offre une parenthèse savoureuse à ses personnages, comme aux spectateurs.
Magali Van Reeth

