MédiasLes Chroniques CinémaUN POETE de Simon Mesa Soto, Prix SIGNIS La Havana 2025

UN POETE de Simon Mesa Soto, Prix SIGNIS La Havana 2025

Qui est cet Oscar Restrepo, homme disgracieux, avec son pull trop grand, son jean qui tombe en accordéon sur ses chevilles, qui éructe plus qu’il ne parle et picole tard dans la nuit, vocifère dans les rues de Medellin des propos incohérents pour se réveiller au matin sur le trottoir ?

UN POETE de Simon Mesa Soto. Suède/Allemagne/Colombie, 2025, 2h00. Avec Ubeimar Rios, Rebeca Andrade, Allison Correa, Guillermo Cardona, Humberto Restrepo. Festival de Cannes 2025, sélection Un Certain Regard, prix du jury .Festival de La Havane Cuba 2025, prix SIGNIS.

Critique de Bernard Bourgey, SIGNIS France

Oscar se dit poète, des recueils de poèmes de jeunesse lui avaient valu un succès d’estime. Depuis, rien, la gloire n’est jamais advenue. Quand il dit aux siens qu’il est poète, sa sœur lui jette à la figure qu’il est d’abord un ivrogne et un chômeur ! Séparé de sa femme et de sa fille, il vit chez sa mère et sa fille Daniela ressent de la honte devant ses camarades, quand son père vient la voir à la sortie de l’école.

Oscar est un personnage de cinéma burlesque qui provoque malgré lui catastrophes et imbroglios en dépit des meilleures intentions du monde. Oscar est un antihéros qui prend toujours les mauvaises décisions qui se retournent contre lui.

Ainsi Oscar croit bien faire en prenant sous son aile Yurlady, une fille de milieu défavorisée qui écrit des poèmes. Il convainc le jury d’un concours national de poésie de lui donner une chance. Une soirée où elle n’a pas sa place va se solder – l’alcool aidant – par un fiasco, les organisateurs en dépit de leur part de responsabilités, tirant leur épingle du jeu au détriment d’Oscar et de la dignité de la famille de Yurlady. Le réalisateur ne se refuse pas ici une petite pique contre l’entre-soi des milieux littéraires où là comme ailleurs, les classes inférieures sont manipulées pour la mise en valeur des « élites »…

Simón Mesa Soto marie avec mélancolie la tragédie et la comédie, conduisant le spectateur à la compassion envers son « héros » en laissant percevoir sa bonté inaltérée et son sens inné du bien et du mal.

Ainsi seul Oscar sensibilise ses proches aux problèmes de santé de sa mère, se heurtant à eux qui ne veulent pas voir. Et c’est bien cette mère agacée au quotidien par Oscar mais aimante et d’un bon discernement envers son fils, qui lui dit « tu es un ivrogne mais tu es noble »

Une indéniable noblesse morale en effet que le réalisateur nous donne à voir chez Oscar, comme dans son geste lorsqu’il vient se mettre devant l’objectif de la caméra pour empêcher que la famille de Yurlady soit rabaissée à un marchandage via une vidéo.

Une autre subtilité du réalisateur est cette porte entrouverte entre Yurlady et Daniela qui, par le truchement de cahiers et de mots échangés, vont s’apprivoiser et favoriser la réconciliation entre Oscar et sa fille. Et à la fin du film, dans le couloir de l’hôpital où sa mère se meurt, Daniela embrasse son père comme une fille qui a compris que par dessus ses manques et ses ratés de loser, elle avait un père avant tout riche d’un cœur aimant et bienveillant.

On n’oubliera pas de sitôt les deux acteurs non-professionnels, l’Oscar de Ubeimar Rios, instituteur dans la vie et la Yurlady de Rebeca Andrade, lycéenne, qui se fondent dans un film 16 mm, souvent caméra à l’épaule, avec une image vacillante comme leurs personnages.

Bernard Bourgey


Le jury SIGNIS du 46ème Festival du nouveau cinéma latino-américain a décerné, à La Havane, son prix au film Un Poète de Simon Mesa Soto : Le jury a été séduit par le langage cinématographique captivant et maîtrisé du film, son humour intelligent et l’excellence des interprétations. Le film nous plonge dans une histoire très actuelle et universelle, où le personnage principal refuse d’abandonner ses rêves malgré un contexte marqué par l’obscurité, la pauvreté, les mensonges et le matérialisme. Son combat nous apporte lumière, espoir, rédemption et résilience.

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