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LA MAISON DES FEMMES de Mélisa Godet

Créé à partir de 2015 dans un hôpital de la région parisienne, la Maison des femmes est un lieu d’accueil pour les femmes victimes de violences. Afin de mieux rendre le travail quotidien du personnel soignant, la réalisatrice a choisi la fiction et des actrices professionnelles. Un choix juste et fort.

LA MAISON DES FEMMES de Mélisa Godet. France, 2025, 1h50. Avec Karin Viard, Lætitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

La première Maison des femmes a été conçue par la chirurgienne Ghada Hatem. Elle voulait créer un lieu d’accueil pour les femmes en situation de violence, où elles pourraient trouver des soins médicaux mais aussi des ateliers pour reprendre confiance, pour parler, pour réparer leur corps, pour se remettre debout. Victimes de violences conjugales, d’excisions, d’addictions, migrantes à la rue ou femmes bien intégrées dans la société, les femmes prises en charge sont très diverses.

Porté par un groupe d’actrices fonctionnant comme une véritable équipe, La Maison des femmes est un hommage à celles qui travaillent au quotidien pour apporter soins, conseils, support moral et interventions chirurgicales pour réparer les femmes dans leur corps et dans leur tête. Karin Viard en chef de service, chirurgienne devant tout apprendre de la communication pour financer le projet global ; Lætitia Dosch en sage-femme débordée entre l’amour de son travail et l’amour de sa famille ; Oulaya Amamra en jeune interne qui pensait aller travailler dans le privé et Eye Haïdara, responsable de l’accueil et donc de la colère de celles qui se sentent abandonnées.

Chaque personnage de cette équipe de fiction montre à la fois le travail dans cette structure mais aussi le défi de concilier vie professionnelle et vie familiale et aspirations personnelles : un défi pour toutes les femmes à travers le monde. Cela vaut aussi pour les hommes de ce service, ici dans l’administratif ou l’accueil psychiatrique, ou une commission d’enquête, et leur positionnement face à cette ruche toujours en activité, toujours en souffrance.

Tout en respectant la philosophie du projet, la réalisatrice sait trouver un ton de comédie pour alléger le propos tout en suggérant pudiquement l’extrême violence subie par les femmes, accueillies dans la maison. Violences conjugales, viols, emprise psychologique sont montrées à travers la parole des victimes et jamais en images. On s’attarde aussi sur ce qui marche dans ce centre, à travers celles qui ont retrouvé le sourire, qui osent une nouvelle façon de considérer leurs corps. L’émotion du film est surtout dans ces victoires qui reconstruisent un corps ou une personnalité déchirée. La diversité des femmes accueillies est une vraie réalité, les difficultés de fonctionnement de ces centres aussi. Le film de Mélisa Godet montre bien tous les enjeux d’une telle structure et, porté par le talent des actrices, l’extrême dévouement, la vraie solidarité des équipes de soignants.

Magali Van Reeth

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