La vie d’un enfant des rues devenu enfant soldat est présenté comme un long périple à travers différents pays d’Afrique en guerre. Une belle adaptation du roman éponyme d’Ahmadou Kourouma, où le dessin permet de tenir à distance la violence des situations.
ALLAH N’EST PAS OBLIGE de Zaven Najjar. Belgique/ Canada/France/Luxembourg. 2025, 1h17. Film d’animation, à partir de 10 ans. Festival international du film d’animation d’Annecy 2025, sélection officielle.
Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France
Biharima, jeune orphelin d’une dizaine d’années, part de Guinée pour retrouver sa tante au Libéria. Il entreprend ce périple avec un petit sac à dos, beaucoup d’espérance, beaucoup de naïveté et un dictionnaire. C’est un long voyage à travers plusieurs pays d’Afrique de l’ouest, dont la plupart sont en proie aux conflits armés. Comme son lointain cousin de cinéma, Biharima est malin mais il ne pourra pas éviter les rencontres avec la violence de la guerre. L’une des premières rencontres sera celle avec Yacouba, le féticheur arnaqueur, tour à tout protecteur et lâche. Puis se sera la rencontre avec les groupes armés et le chaos politique, géographique et clanique.

Le réalisateur présente brièvement les conflits opposant le Liberia et la Sierra-Leone entre 1989 et 2003, ainsi que les chefs de guerre. Le jeune Biharima est un personnage de fiction plongé dans une histoire qui a réellement existé, et il traverse des région et des paysages bien vrais eux-aussi. Le réalisateur donne aux décors et à l’arrière-plan du récit un côté presque documentaire, pour respecter au mieux la véracité de ses enfants-soldats.
Comme dans le roman, l’humour se mêle au drame et les mots ont une importance capitale pour Biharima. En cherchant le sens d’un adjectif ou d’un verbe, en questionnant ce qu’il lit dans le dictionnaire avec ce qu’il ressent, et ce qu’il a appris, la poésie se faufile dans l’histoire et tient l’horreur à distance. C’est toute la richesse du style de Kourouma que le beau graphisme de Zaven Najjar traduit.
Si au tournant des années 2000, l’écrivain Ahmadou Kourouma avait écrit ce roman pour dénoncer le sort des enfants-soldats dans son pays, ce phénomène existe malheureusement ailleurs, dans d’autres guerres actuelles. Et même lorsqu’en France, les responsables d’un réseau de drogues donnent une arme et quelques milliers d’euros à un jeune adolescent pour aller tuer un concurrent, c’est du même crime qu’il s’agit, saccager une enfance, détruire un adulte en devenir. Avec humour et délicatesse, Zaven Najjar, dans Allah n’est pas obligé, trouve le ton juste pour rendre accessible à un large public le drame des enfants soldats, sans le culpabiliser ni édulcorer la réalité de ces vies.
Magali Van Reeth

