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LA GRAZIA de Paolo Sorrentino

En Italie de nos jours, un président de la république doit signer une loi sur l’euthanasie et accorder une grâce à une personne détenue. Dans la solitude du pouvoir et de sa vie affective, il cherche ce qui est juste de faire. Un film éblouissant par sa mise en scène et ses images.

LA GRAZIA de Paolo Sorrentino. Italie, 2025, 2h11. Avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello. Mostra de Venise 2025, compétition officielle, prix d’interprétation masculine pour Toni Servillo.

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

On retrouve dans ce nouveau long-métrage de Paolo Sorrentino les thèmes qui ont traversé ses précédents films : l’exercice du pouvoir (Il Divo, 2008), la recherche de la vérité (This Must Be The Place, 2011, prix œcuménique à Cannes), ou comment répondre à la question  »Qu’as tu fait de ton talent ? (La Grande belleza, 2013). On retrouve aussi avec plaisir sa façon unique de composer les cadres, de faire un cinéma élégant même dans les situations les plus putrides et de donner à chaque image une intensité rare.

Il y a aussi cette façon de placer un acteur au centre d’un décor grandiose et de faire reculer la caméra pour renforcer la petitesse ou la solitude du personnage. Ici, le président Mariano de Santis, en fin de mandat, se sent bien seul face aux dernières décisions à prendre. Il est pourtant secondé par sa fille, juriste comme son père. Autour de lui, il y a aussi des secrétaires, des directeurs de cabinets, des chauffeurs et même un  »fou du roi » en la personne de Coco, truculente amie d’enfance, aussi volubile et effrontée que Mariano est taiseux et diplomate. Mais pour lui, rien ne peut alléger la peine ressentie face à la perte de son épouse et aux questions qui le ravagent.

Le président est catholique pratiquant mais, avec l’âge, il commence à s’endormir pendant la prière du soir et les souvenirs du passé remontent trop souvent lui gâcher la vie. Son ami le pape lui parle de la grâce mais cet état particulier, où on reçoit beaucoup sans demander, ne l’aide pas à prendre la décision de signer l’acte de légalisation de l’euthanasie. Mariano aimerait être plus léger, comme en apesanteur dans un vaisseau spatial.

La Grazia est un film peu bavard, alternant les séquences de musique contemporaine avec les silences du président, les gros plans sur les visages avec les plans larges sur la campagne ou construits pour que l’architecture classique rehausse les questions de société actuelles. Paolo Sorrentino ne fait pas de cet homme de pouvoir un manipulateur ou un personnage agissant pour son propre intérêt. C’est un homme politique cherchant avec sincérité des solutions, sachant que ni la loi ni la discipline ne suffisent pour gouverner. Avec un peu d’humour et une mélancolie jamais pesante, il essaie d’être à la hauteur de sa tâche.

Toni Servillo a été acteur dans la plupart des films du réalisateur mais généralement dans le rôle du méchant ou au moins du personnage peu sympathique. Ici, à défaut de tendresse ou de franche comédie, il incarne un homme puissant, traversé par le désir de bien faire et d’être, en toute honnêteté, un président juste. Il doute, il prie, il cherche la vérité en juriste. Dans une interprétation toute intérieure de son personnage, il révèle le grand acteur qu’il est, habitant toute une scène par un regard, le tremblement presque imperceptible du bas de son visage et une attitude corporelle incarnant la complexité de sa charge. Comme en état de grâce. Lors de la Mostra de Venise 2025, il a été récompensé par le prix du meilleur acteur.

Réflexion sur la grâce, la solitude du pouvoir et le deuil, La Grazia est un film puissant, tant par les questions soulevées que par la beauté des images.

Magali Van Reeth

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