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PARTIR UN JOUR d’Amélie Bonnin

Avec une jolie mise en scène qui n’a pas peur de la fantaisie, un récit chaleureux autour de la famille et de l’acceptation de nos origines : pour avancer dans la vie, il faut parfois faire la paix avec son passé.

PARTIR UN JOUR d’Amélie Bonnin. France, 2025, 1h38. Festival de Cannes 2025, film d’ouverture. Avec Juliette Armanet, Bastien Bouillon, François Rollin, Tewfik Jallab

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

A bientôt 40 ans, Cécile, chef de cuisine, très occupée par l’ouverture de son propre restaurant, doit retourner précipitamment chez ses parents, son père ayant été hospitalisé. Ce retour sur les lieux de son enfance, qu’elle a beaucoup négligés ces dernières années, va la bouleverser plus qu’elle ne pensait.

Peu à peu, on découvre son environnement familial, le restaurant populaire dans lequel elle a grandi, sa popularité après avoir participé à des émissions de télé-réalité, ses copains de classe et leurs histoires sentimentales d’adolescents. Bousculée par son père et l’émotion retrouvée face à ce passé, Cécile se sent vaciller dans ses certitudes de femme rigoureuse et déterminée face à son avenir.

Pour raconter ce récit ancré dans la vie ordinaire, où les moments graves et émouvants succèdent à des scènes plus légères, la réalisatrice le parsème de moments chantés et légèrement dansés. Bien loin d’une comédie musicale, la mise en scène met la musique à la place qu’elle peut avoir dans notre vie quotidienne. Les extraits de chansons françaises très populaires surgissent ça et là, comme si on avait laissé une radio allumée. Le charme opère et donne envie de chanter avec les acteurs.

Le choix des interprètes participe à la saveur du film. La comédienne Dominique Blanc, trop rarement à l’affiche, joue avec délicatesse le rôle de la mère de Cécile, une femme toute dévouée à son mari et à son travail, dont la seule récréation est de rêver de voyages lointains, elle qui voit passer toute la semaine de gros camions partir au bout du monde. Bastien Bouillon, parfois abonné aux rôles très sérieux, est très à l’aise dans ce rôle de jeune homme qui hésite encore entre les blagues d’adolescent et les responsabilités de père de famille. Enfin la chanteuse Juliette Armanet, pour son premier grand rôle au cinéma, se coule dans son personnage avec beaucoup de naturel.

Partir un jour est le premier long-métrage d’Amélie Bonnin, dont le court-métrage éponyme avait reçu un César en 2023. En retravaillant les thèmes du film et en affinant les personnages, la réalisatrice réussit une œuvre savoureuse autour des relations familiales, et des déplacements et renoncements qui nous permettent de grandir. Un film aux émotions douces amères qui donne de la joie au cœur.

Magali Van Reeth

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