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SPRINGSTEEN DELIVER: ME FROM NOWHERE de Scott Cooper

Nebraska est sûrement l’album le plus personnel de Bruce Springsteen. Composé en 1982 dans un style simple et dépouillé, il constitue un interlude folk dans la carrière du chanteur. C’est sur cette courte période charnière de sa vie, marquée par des idées noires, que se concentre le nouveau long-métrage de Scott Cooper. Entre dépression et création, le film rentre dans l’intimité de l’artiste et dévoile ce qu’il y a derrière la façade du Boss.

SPRINGSTEEN DELIVER : ME FROM NOWHERE de Scott Cooper. Etats-Unis d’Amérique, 2025, 1h54. Avec Paul Walter Hauser, Jeremy Allen White, Stephen Graham, Marc Maron

Critique d’Anne Le Cor, SIGNIS France

Après une tournée triomphale, Springsteen est vidé. De retour chez lui, dans le New-Jersey, il s’achète sa première voiture neuve. Le vendeur, qui l’a reconnu, lui dit alors : « Je sais qui vous êtes. » Ce à quoi le Boss répond : « Vous en savez plus que moi. » Le ton est donné. Springsteen s’isole pour mieux confronter les fantômes du passé qui hantent son présent. Il revit son enfance traumatisée par un père violent et alcoolique, qu’il osera affronter pour protéger sa mère, aimante et soumise. Cet exil de solitude lui permet de trouver un apaisement intérieur et une catharsis créatrice.

Springsteen : Deliver Me From Nowhere est un faux biopic qui met en image le pèlerinage du chanteur sur les lieux de son enfance. Les interludes en noir et blanc illustrent ce retour sur ses jeunes années. Le contraste est fort avec le reste du film qui est lumineux et coloré. La photographie sublime et léchée à dominantes de jaune et bleu est à la fois douce en journée et éclatante dans les scènes de nuit. Le film jouit d’une esthétique pensée et travaillée qui lui donne une atmosphère empreinte de nostalgie et de sincérité. Il en émane un spleen ambiant adéquat à une romance contrariée et un album torturé.

Bruce Springsteen balade sa mélancolie inimitable tout au long du film. Qui pour jouer une telle légende vivante ? Le réalisateur a porté son choix sur Jeremy Allan White dont le charisme crève l’écran. Loin de tomber dans le piège d’un simple mimétisme, l’acteur américain s’approprie le Boss à sa manière avec un magnétisme certain quand il promène sa dégaine nonchalante devant la caméra. L’absence de ressemblance physique frappante entre le sujet et l’interprète libère le personnage qui devient un protagoniste à part entière.

Springsteen est solitaire mais pas seul car sans cesse en contact avec son manager et ami Jon Landau incarné par Jeremy Strong. Le duo d’acteurs montre une belle complicité à l’écran. Springsteen adulte pardonne à son père, campé par Stephen Graham. Il vit une véritable épiphanie lorsque celui-ci lui dit qu’il est fier de lui. Il n’en sera pas de même avec Faye, interprétée par Odessa Young, avec qui il ne vit qu’une brève romance condamnée d’avance.

Le film est traversé par des séquences sur scène ou d’enregistrements plus intimes. La musique mélancolique et finalement entraînante donne une certaine identité au film. Les influences de Springsteen lui octroient de la consistance, entre le swing de Little Richard, la prose de Flannery O’Connor, les films comme La Nuit du chasseur de Charles Laughton ou Badlands de Terence Malik qui lui souffle l’idée de la chanson Nebraska.

Écrit et réalisé par Scott Cooper, Springsteen : Deliver Me From Nowhere s’inspire de la biographie éponyme de Warren Zanes ainsi que de l’autobiographie du Boss lui-même dans laquelle il ose aborder le problème de la dépression contre laquelle il lutte depuis des années. La composition de Nebraska prend la forme d’une thérapie artistique qui lui permet d’avancer vers le succès.

Anne Le Cor

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