Fable écologique où les moments absurdes alternent avec la contemplation d’un monde à préserver et que le réalisateur nous offre dans un format inhabituel et spectaculaire.
ANIMAL TOTEM de Benoît Delépine. France, 2024 1h29. Avec Samir Guesmi, Olivier Rabourdin.
Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France
Dès l’ouverture du film, on est surpris par le format des images, une image très large, très étendue, comme si l’écran devait envahir tout l’espace du cinéma. C’est un format en cinémascope agrandi, c’est à dire offrant une vision étirée, beaucoup plus vaste que dans les films habituels, où on retrouve un peu ce que la nature nous offre vraiment : un spectacle à 180 degrés où on est obligé de tourner la tête pour tout voir. Porté par ce format, le récit a aussitôt une dimension fantastique qui colle bien à l’aspect conte de fées contemporain de l’histoire.

Le personnage principal, interprété par l’acteur Samir Guesmi, s’appelle Darius, un prénom chargé d’histoire. On le rencontre dans un aéroport et on va le suivre, tirant une valise à roulette, et toujours à pieds, pour un long voyage à travers le Nord de la France. A la boussole, il va vers le Sud, empruntant les chemins les plus courts, donc à travers les bois, les champs, les prairies et les petites villages endormis. Les rencontres sont essentiellement animalières, du grand mammifère au petit insecte, célébration d’une faune qui résiste aux pesticides, aux polluants éternels et à l’emprise de l’urbanisation.
Parfois, on se demande si Darius n’est pas un ange (prompt à la bienveillance comme son nom le suggère et venu du ciel par avion? ), surtout lorsqu’il croise des humains. Darius ne perd pas son calme, il connaît beaucoup de choses, en perçoit encore plus, les hiboux ne s’enfuient pas à son passage et il sait amadouer les ogres pour mieux les piéger. Comme il se doit dans les fables, ce n’est qu’au bout d’un long voyage que l’étrange mission de Darius nous sera révélée, dans un combat mené au nom du bien commun.
Au cours de ces 20 dernières années, Benoît Delépine a co-réalisé de nombreux films avec Gustave Kervern. Les productions de ce duo ne sont pas toutes exceptionnelles mais toutes dénoncent, avec un humour teinté de mélancolie, les absurdités d’un capitalisme outrancier qui oublie la bienveillance envers la nature et les individus. Dans ce même esprit, Animal Totem est un conte burlesque et poétique, dénonçant sur écran large les ravages écologiques.
Magali Van Reeth

