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L’ETRANGERE de Gaya Jiji

Arrivée clandestinement de Syrie, Selma tente de trouver une nouvelle stabilité en France, pour faire venir son fils. Avec pudeur et sensualité, ce film rappelle que les femmes migrantes ont aussi droit à l’amour, au désir et à un avenir plus radieux.

L’ETRANGERE de Gaya Jiji France/Belgique, 2025, 1h41. Avec Zar Amir, Alex Manenti,Amr Waked. Sélection Rencontres du sud 2026.

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

La réalisatrice place le décor de son film à Bordeaux en 2016. Une ville où les migrants sont moins nombreux que dans d’autres grandes villes françaises, et où les femmes migrantes sont encore plus invisibles. Selma travaille illégalement dans la cuisine d’un café-restaurant, dort chez un couple de compatriotes syriens où l’homme la surveille de près. Elle est sans nouvelle de son mari, prisonnier du régime, ou mort, et elle téléphone régulièrement à son fils resté à Damas avec sa grand-mère.

Si la première partie du film raconte de façon assez classique la vie des migrants dans l’Union européenne, entre la procédure Dublin et les démarches administratives pour avoir le statut de réfugiée, le tournant vient d’une histoire d’amour, peu banale elle, et qui peut même agacer le spectateur avant de l’emporter totalement vers du vrai cinéma. A travers cette histoire d’amour, la réalisatrice quitte le champ documentaire des migrants pour entrer dans une histoire de pur cinéma. Selma est partagée entre son devoir de mère, de Syrienne et d’épouse d’un homme disparu, et la possibilité de construire une autre vie, de devenir une femme libre de ses décisions.

Le récit s’ouvre – hélas classiquement – sur un tourbillon d’eau sombre où de nombreux migrants ont péri, puis la réalisatrice amène subtilement ses personnages vers une eau plus paisible, accueillante et la luminosité d’un paysage grand ouvert, comme l’avenir de Selma. Avec la métaphore de la prison où on étouffe littéralement, la réalisatrice Gaya Jiji, en utilisant de la pure fiction, libère ses personnages en leur permettant de respirer pleinement, de vivre dans leur chair sans entrave. Déjà dans son précédent film Mon Tissu préféré (2018), elle montrait la sexualité des femmes du Moyen Orient comme acte d’amour profond, comme un désir de vivre contraint dans une société mortifère.

La mise en scène s’appuie beaucoup sur les deux acteurs principaux. La comédienne iranienne Zar Amir (Selma) incarne à la fois la fragilité et la détermination, et Alex Manenti, dans le rôle de l’avocat, a lui aussi un jeu tout en finesse qui rend crédible le parcours de son personnage. Classique sur la forme et raconté chronologiquement, L’Etrangère est un film sensible et respectueux de la souffrance de ses personnages, que le destin oblige à devenir autres pour continuer à avancer.

Magali Van Reeth

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