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SIGNIS World Congress 2026: Sur la Terre des mille collines, le monde des communicateurs catholiques va réfléchir à cette quetion : la technologie peut-elle servir la construction de la paix ?

Pour la première fois, SIGNIS, l’Association catholique mondiale pour la communication, organise son Congrès en Afrique, et choisit le Rwanda. Cette nation, reconstruite après le génocide grâce à la vérité et à la réconciliation, devient le théâtre d’un débat sur l’intelligence artificielle, la dignité humaine et l’avenir de la communication.

KIGALI, Rwanda — Sur une colline surplombant une ville devenue, il y a trente-deux ans, synonyme de l’échec de la communication humaine, plusieurs centaines de journalistes, cinéastes, animateurs de radio et de télévision, universitaires et membres de congrégations religieuses catholiques venus de toutes les régions du monde se réunissent cette semaine autour d’une question unique et en apparence simple : que signifie communiquer humainement à une époque où les machines parlent de plus en plus à notre place ?

Le Congrès mondial de SIGNIS 2026, organisé du 3 au 8 août à l’hôtel Sainte Famille, dans la capitale rwandaise, est la première édition de cette rencontre quadriennale à se tenir sur le sol africain dans l’histoire de cette organisation. SIGNIS, l’Association catholique mondiale pour la communication, née en 2001 de la fusion entre l’Organisation catholique internationale du cinéma (OCIC) et l’Association catholique internationale pour la radio et la télévision (Unda), rassemble des professionnels catholiques de la communication travaillant dans la radio, la télévision, le cinéma, le journalisme et les plateformes numériques dans plus de cent pays. Que son premier congrès africain se tienne au Rwanda ne relève pas, selon les organisateurs, du hasard logistique, mais d’une volonté délibérée.

« Il s’agit d’un moment très significatif », a déclaré le Père Walter Chikwendu Ihejirika, président de SIGNIS Afrique et président du comité d’organisation du Congrès, dans les semaines précédant la rencontre, décrivant le choix de Kigali comme « un moment kairos » pour les communicateurs catholiques du monde entier. Le Rwanda, un pays dont le génocide de 1994 a été en partie incité et accéléré par la radio, et dont le redressement s’est appuyé en grande partie sur des programmes structurés, soutenus par l’Église, de vérité, de mémoire et de réconciliation, offre au Congrès un cadre qui tient moins de la toile de fond que de l’affirmation : la communication, exercée sans conscience, peut tuer ; exercée avec conscience, elle peut guérir une nation.

La cérémonie d’ouverture du Congrès sera présidée, mardi, par le cardinal Antoine Kambanda, archevêque de Kigali et premier cardinal de l’histoire du Rwanda, élevé à ce rang par le pape François en 2020. La biographie du cardinal Kambanda est indissociable de l’histoire que le Congrès entend affronter : il a perdu sept membres de sa famille proche pendant le génocide alors qu’il étudiait la théologie morale à Rome,. Puis il est rentré au Rwanda en 1999 pour diriger le mouvement Caritas local dans l’œuvre de reconstruction, et a consacré plus de deux décennies, d’abord comme directeur de la Commission diocésaine Justice et Paix, puis comme évêque de Kibungo et enfin de Kigali, à ce qu’il a lui-même appelé « un ministère pastoral de réconciliation » qui dure déjà depuis trente ans.

Cette conviction, selon laquelle la paix se reconstruit cellule après cellule, relation après relation, avant de pouvoir se reconstruire comme politique, sous-tend discrètement le thème officiel du Congrès, « Communication numérique pour l’harmonie culturelle et le bien-être environnemental », ainsi que ses sous-thèmes consacrés à la synodalité, à l’équité, à la protection de l’enfance et à la communication écologique.

Si le Rwanda fournit le terrain moral du Congrès, l’intelligence artificielle en constitue le problème intellectuel le plus urgent. La rencontre s’ouvre quelques semaines après que le pape Léon XIV a publié sa première encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Ele prolonge délibérément les thèmes de son message pour la 60ᵉ Journée mondiale des communications sociales, célébrée sous le titre « Préserver les voix et les visages humains ». Dans ce message, le Pape avertissait que les systèmes d’IA « n’interfèrent pas seulement avec les écosystèmes de l’information, mais s’immiscent aussi dans le niveau le plus profond de la communication, celui des relations humaines », et jugeait « de plus en plus urgent d’introduire l’éducation aux médias, à l’information et à l’intelligence artificielle dans les systèmes éducatifs à tous les niveaux ».

Le Congrès traduit cet avertissement en un programme de travail. Une séance plénière consacrée à « L’IA dans l’environnement médiatique contemporain » réunit des intervenants pour réfléchir à la manière dont les rédactions, les séminaires et les simples fidèles peuvent conserver leur discernement et leur souci de vérité alors que les systèmes algorithmiques transforment ce que les publics voient, en quoi ils ont confiance et ce qu’ils partagent. Les panels parallèles poussent la question plus loin : vers la sextorsion en ligne des enfants, vers la désinformation sur le climat, et vers des questions de spiritualité.

Il convient de souligner que la direction des communications du Vatican elle-même est présente : le Dr Paolo Ruffini, qui dirige le Dicastère pour la communication depuis 2018, en tant que premier laïc à la tête d’un dicastère du Vatican, et qui cédera sa charge à Montse Alvarado, d’EWTN, en novembre prochain, s’adressera aux délégués à distance ; tandis que la Dre Nataša Govekar, directrice théologico-pastorale du Dicastère, et Mgr Fortunatus Nwachukwu, secrétaire du Dicastère pour l’évangélisation, interviennent en personne lors de la première journée de travail du Congrès.

Au-delà du débat sur l’IA, le fil le plus singulier du Congrès pourrait être plus discret. Jeudi, les délégués se réunissent pour une session consacrée à « Wisdom Calls », une initiative de deux ans financée par la Fondation Conrad N. Hilton, qui a consacré l’année 2026 à former des religieuses d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine à raconter elles-mêmes leur histoire plutôt que de la voir racontée par d’autres. Les ateliers déjà organisés en Asie, en Afrique et en Amérique latine ont mis en binôme une trentaine de religieuses avec des communicateurs professionnels, catholiques et laïcs, pour leur enseigner l’art du récit, l’éducation aux médias et la présence numérique, au bénéfice de congrégations dont le travail humanitaire, éducatif et pastoral, souvent au sein des communautés les plus délaissées du monde, est resté historiquement sans écho médiatique.

Reste, inévitablement, une question ouverte : une semaine de plénières, de panels parallèles, de messes et d’une visite au mémorial du génocide peut-elle réellement influencer la manière dont un réseau mondial de communicateurs utilise l’intelligence artificielle ? Mais le choix du lieu porte en lui-même son propre argument. Dans un pays où la radio fut un jour transformée en instrument de violence de masse, et où l’Église catholique a consacré trente ans à aider les communautés à se reconstruire par la vérité, la confession et la mémoire, SIGNIS invite ses membres à considérer une version plus exigeante d’un vieux credo journalistique : la manière dont une histoire est racontée, par qui, et au moyen de quelle technologie, n’est jamais une question neutre — elle est, potentiellement, une question de vie ou de mort, et toujours une question de paix.

Le Congrès s’achève officiellement le 7 août par un dernier dîner, geste serein tourné vers la conviction qui a traversé toute la semaine : avant de pouvoir changer le monde, la communication doit d’abord passer par le silence, la mémoire et la prière.

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