MédiasLes Chroniques CinémaMASPALOMAS de José Mari Goenaga et Aïtor Arregi

MASPALOMAS de José Mari Goenaga et Aïtor Arregi

Depuis plus de vingt ans, Vicente a fui la vie familiale qui l’enfermait dans le placard de son homosexualité soigneusement cachée à son entourage.

MASPALOMAS de José Mari Goenaga et Aïtor Arregi. Espagne 2025, 1h55. Avec José Ramon Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga. Film interdit aux moins de 12 ans en France.

Critique de Bernard Bourgey, SIGNIS France

Sur les îles Canaries où il s’est installé à Maspalomas dans un monde de sexualité sans retenue, ses 70 ans amorcent le déclin de sa vie hédoniste, même s’il goûte encore le plaisir de rencontres vite consommées. Une rupture avec son compagnon Esteban le prive d’une aisance financière et l’oblige à s’installer chez son vieil ami Ramon. Un AVC va brutalement l’arracher à ce paradis insulaire. Sa fille Nerea avec laquelle tout contact avait été coupé de part et d’autre, va le rapatrier à San Sebastian et l’installer dans un Ehpad où il arrive presque méconnaissable, en partie paralysé et comme vieilli de vingt ans ! Il va devoir partager la chambre d’un homme gentil et prévenant, mais avec des idées rigides bien ancrées.

Retour au placard donc dans un univers de retraités où il ne peut rien dire de lui, même à un infirmier à l’égard duquel il fait preuve d’une homophobie agressive, rempart pour s’éviter toute tentation et ne laisser place à aucun soupçon. La rééducation va progressivement remettre Vicente en forme, il retrouve l’usage de ses membres et de sa parole. Reste l’obsession de son retour à Maspalomas, comme si cet épisode d’éloignement n’était qu’un cauchemar. Mais de ce mauvais rêve va naître en lui une renaissance. Il va comprendre que sa fille et son petit-fils attendent de lui la révélation de cette vérité qui le ronge de l’intérieur, vécue par sa famille comme une trahison. Des vieilles photos dans une boite à chaussures lui rappellent avec émotion que l’enracinement dans le passé ne s’efface pas, même quand on l’a fui ! Allégé de son fardeau, il veut faire son coming-out devant les résidents de l’Ehpad mais la directrice heureuse de voir cet homme libéré, le retient d’une parole trop publiquement exprimée. A l’aéroport, c’est sur un sourire de réconciliation que père et fille se sépareront.

Ce film, aux scènes parfois crues, interpelle sur les prisons, celle dans laquelle Vicente s’était enfermé, celles qui n’en n’ont pas l’apparence mais sont une échappatoire dans un monde clos sur lui-même, fut-il baigné de soleil et caressé par la mer, prisons aussi que ces résidences où l’on trouve le soin mais aussi les contraintes collectives et les promiscuités qui vous font perdre votre identité.

José Ramón Soroiz – qui a obtenu pour ce rôle plusieurs prix d’interprétation – est un Vicente convaincant et attachant dans son approche de la sexualité du 3ème âge, autant que dans cette ouverture à une nouvelle naissance à laquelle son accident l’a ouvert.

Les réalisateurs, avec humour et bienveillance, prônent à travers leur héros, un attachement irrépressible à la liberté, quel que soit l’âge auquel on veut en profiter !

Bernard Bourgey

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