Avant d’intégrer l’armée de terre, Laura accepte un poste d’employée de maison au service de Souria, une jeune femme devenue la maîtresse d’un riche prince saoudien et vivant recluse dans un luxueux hôtel particulier parisien.
LE TRIANGLE D’OR d’Hélène Rosselet-Ruiz. France, Belgique, Canada, 2026, 1h30. Avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri, Kassem Al Khoja.
Critique de Pierre-Auguste Henry
Révélée par Diamant brut d’Agathe Riedinger, la comédienne Malou Khebizi confirme ici qu’elle possède l’étoffe et la présence d’une actrice de premier plan. Dans le rôle de Laura, une jeune femme issue d’un milieu populaire, elle prête à nouveau ses traits à une figure féminine inédite et avec une aisance qui force l’admiration d’autant plus que l’écriture de son personnage est originale.

Adepte des séances de musculation et rêvant d’intégrer l’armée, Laura découvre la vie de servante dans les codes culturels saoudiens : humiliations, surveillance permanente et rappels réguliers à sa condition de femme en miroir de celle de Souria (Soundos Mosbah), prostituée s’étant naïvement mise en tête qu’elle finirait par épouser l’émir et que sa vie n’en serait que meilleure. Souria rêve ainsi de fuir sa condition mais elle est pourtant déjà prisonnière, surveillée au quotidien par Emre (Ziad Bakri) et tout un dispositif de caméras de surveillance. Si elle croit que le prince veut ainsi s’assurer de sa loyauté, ce dernier pense surtout à éviter que l’affaire ne s’ébruite publiquement ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour sa royale réputation.
Le titre du film fait référence à une célèbre zone parisienne du 8ᵉ arrondissement dont la frontière Nord sont les Champs-Élysées, symbole ultime de l’opulence, du luxe et du pouvoir financier. Pourtant, le film ne s’aventure presque jamais dans les rues de ce quartier. Hélène Rosselet-Ruiz construit un quasi huis-clos dans l’hôtel particulier où est gardée Souria, se concentrant sur les liens de pouvoir changeants entre les personnages. Le véritable triangle d’or du film n’est pas géographique mais humain : c’est le trio de servants composé de Laura, Souria et Emre. Tous doivent servir le prince pour leurs intérêts individuels, chacun révolutionnant successivement les rapports de force qui les opposent jusqu’à ce qu’ils soient tous mis face à l’impérativité morale et vitale d’une entraide.
Les caméras de surveillance, dont les images sont retransmises en direct dans la loge d’Emre, jouent un rôle central dans la mise en scène. Elles sont l’outil du pouvoir déléguées aux petites mains dociles ou bien à celles qui montrent du courage – la valeur centrale du Triangle d’Or qui montre la solidarité comme une initiative.
Le scénario est co-signé avec l’écrivaine Pauline Guéna, déjà connue pour sa participation à l’écriture de La Nuit du 12 (Dominik Moll, Prix Croire Au Cinéma 2023) et avec qui Hélène Rosselet-Ruiz a mené un travail d’enquête auprès de femmes saoudiennes et du petit personnel de grandes familles du Golfe. Il n’est donc pas surprenant que le film apparaisse comme bien documenté, soucieux et appliqué dans le tracé de son triangle, au sein duquel il laisse le cinéma de la réalisatrice choisir son angle : de la fiction documentaire au drame social et jusqu’au thriller. Hélène Rosselet-Ruiz signe ainsi un premier long-métrage assez remarquable et un traité de résistance collective.
Pierre-Auguste Henry

