MédiasLes Chroniques CinémaLA VIE D’UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet

LA VIE D’UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet

Chirurgienne de renom, Gabrielle mène une vie intense où le travail et les responsabilités ont fini par balayer toute place à l’imprévu. L’arrivée de Frida, une romancière venue s’immerger quelques semaines à l’hôpital pour préparer un livre, vient bousculer cet équilibre rigide.

LA VIE D’UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet. France, Belgique. 2026, 1h38. Avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling. Festival de Cannes 2026, compétition officielle.

Critique de Pierre-Auguste Henry, SIGNIS France

Cinq ans après Les Amours d’Anaïs, la cinéaste Charline Bourgeois-Tacquet poursuit sa radiographie des trajectoires féminines avec un drame contemporain revenant à un espace qui attire particulièrement le cinéma français ces dernières années : l’hôpital public. Gabrielle (Léa Drucker) est la “star” de son bloc opératoire et vit à un rythme effréné, partagée entre des gardes éprouvantes et des urgences continues qui se manifestent surtout via son smartphone, où personnel et professionnel sont allègrement mélangés.

Dans cette existence minutée, l’espace pour sa vie intime est réduit au strict minimum. Elle partage ce qui lui reste du quotidien avec Henri, père et divorcé, un homme aimant mais quelque peu frustré par le peu de temps que lui accorde Gabrielle. C’est ce compromis fragile qui vacille lorsqu’entre en scène Frida (Mélanie Thierry), une écrivaine venue se documenter pour son prochain roman portant sur le monde médical. En observant le dévouement absolu de la médecin tout en introduisant un regard libre et décalé sur sa routine, la romancière pousse progressivement Gabrielle à réinterroger ses priorités et à laisser place à une spontanéité qu’elle avait étouffée, jusque dans ses élans amoureux.

Cette figure féminine originale offre un rôle sur mesure à Léa Drucker, qui livre une nouvelle performance impressionnante de précision, de vibration retenue. Actrice d’une polyvalence rare, Drucker conserve toujours ce magnétisme et cette autorité qui font sa signature, et qui semble inciter les cinéastes de tous genres à ne l’envisager qu’en rôle central. L’intrusion douce mais insistante du personnage de Mélanie Thierry permet à Drucker d’interpréter l’évolution de Gabrielle comme une glissade maîtrisée, avec de délicates pointes d’humour.

La Vie d’une femme interroge la place de la vocation, du renoncement et de l’émancipation chez une professionnelle de cinquante ans épanouie, sans enfants, et dont la réalisation personnelle ne passe ni par la maternité ni par les compromis du couple – même moderne. Un portrait auquel Charline Bourgeois-Taquet apporte une grande sensibilité dans cette mise en scène de certitudes qui basculent et un film qui, comme son personnage, sait intelligemment jouer avec l’anticonformisme.

Pierre-Auguste Henry

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