Près de 60 ans après les faits, le réalisateur commence là où l’Histoire s’est arrêtée, à la mort du Che en 1967. Alternant témoignages de survivants, images d’archives et animation, ce documentaire porte un regard intelligent sur la foi de jeunes idéalistes, prêts à mourir pour leurs idées, et sur des événements dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.
LES SURVIVANTS DU CHE de Christophe Dimitri Réveille. France, 2026, 1h37. Documentaire. Festival de Cannes 2026, séance spéciale.
Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France
Ce n’est pas un film militant et la voix posée et douce de Vincent Lindon le souligne. Elle tranche avec la violence de la guérilla et de la répression politique. Une voix rassurante et posée pour raconter l’histoire et tenter d’expliquer l’enchevêtrement politique dans lequel une poignée d’hommes se sont retrouvés coincés.

Lorsque Ernesto Guevara est arrêté puis assassiné par l’armée bolivienne en septembre1967, 6 de ses compagnons ont réussi à s’échapper et tentent de rejoindre le Chili. Un long voyage rocambolesque dans des lieux hostiles. Le film fait le récit des ces mois d’errance et de traque, à travers le témoignage des protagonistes mais aussi à travers les informations collectées pendant des années par le réalisateur. La voix de Vincent Lindon raconte et permet aux spectateurs de comprendre ce qui se joue, de mettre de la distance entre le vécu des protagonistes et la grande Histoire des années de la Guerre froide, à travers plusieurs continents.
Passant intelligemment des témoignages aux images d’archives, l’animation se glisse entre deux scènes pour raconter les combats, les ruses ou ce qui n’existe plus. Une réalisation subtile pour rendre accessible aux néophytes un sujet historique très complexe. C’est surtout du vrai cinéma avec de l’action, de l’aventure et de la tension. Le travail sur le montage est remarquable avec des raccords saisissants, y compris dans le passage de l’animation au réel. Ou avec les superbes paysages de cette région du monde.
Il a fallu une vingtaine d’années à Christophe Dimitri Réveille pour reconstituer cette longue marche, retrouver les survivants et les convaincre de témoigner devant une caméra. Pudeur des uns, malaise des autres, renoncement politique ou incompréhension devant les choix de vie de chacun. Pombo, Benigno, Urbano, Inti, Dario et El Negro : si les souvenirs s’estompent ou se brouillent, l’émotion est toujours là quand on raconte la mort d’un frère d’armes, la peur ou la chance insolente qui permet la survie. Le documentaire donne aussi la parole aux militaires boliviens chargés de les traquer, à un agent de la CIA qui éclaire le rôle des Etats-Unis dans l’avènement des régimes autoritaires d’Amérique latine.
Les 6 survivants parlent des raisons concrètes qui les ont amenés à rejoindre la guérilla puis à suivre le Che qui voulait répandre la révolution dans toute l’Amérique latine. Pas de regret malgré le désastre de l’expérience cubaine, ils témoignent d’un engagement fort pour une cause qu’ils savaient juste, la défense et le respect des plus pauvres, des hommes fidèles à un idéal. On gardera aussi de cet excellent documentaire, tant sur le fond que du cinéma, une phrase de Régis Debray : »Le faible a toujours raison de se battre contre le fort, même si le combat est inégal ou perdu d’avance, parce que l’impensable est toujours possible ».
Magali Van Reeth

