Dans un monde où les humains ont perdu le droit de rêver, les rebelles qui s’appellent les Rêvoleurs, essayent de le faire en cachette et s’exposent à la traque des Grands Autres. Une agente recherche un jeune Rêvoleur qui ne cesse de lui échapper. Mais, lorsqu’elle le retrouve, elle devient sa protectrice et lui offre cent ans de rêves. Activant ainsi un projecteur enfoui dans ses entrailles, elle va le suivre dans sa traversée du temps et du 7e art dans un voyage mémorable.
RESURRECTION de Bi Gan. Chine/France. 2025, 2h40. Avec Jackson Yee, Shu Qi, Mark Chao. Festival de Cannes 2025, compétition, prix spécial du jury.
Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France
On se perd très vite dans dans cette odyssée onirique, en suivant cette femme qui poursuit le dernier rêveur de l’humanité à travers les époques et les univers cinématographiques. Ce film est une errance protéiforme dans l’histoire du XXe siècle avec pour moteur la magie du cinéma.

Resurrection se divise en cinq chapitres (plus un épilogue final) aux styles et aux temporalités distincts, chacun convoquant un genre cinématographique : expressionnisme muet, film noir, fresque mythologique, drame télévisuel, romance millénariste.
Chaque segment correspond à l’un de nos cinq sens : vue, ouïe, goût, odorat, toucher. Le réalisateur sonde ainsi notre rapport aux images par nos cinq sens. À chaque récit correspondent un style, un genre, une palette chromatique et surtout, des références cinématographiques. La musique de M83 sublime encore plus l’expérience.
Après Kaïli Blues (2015) et Un Grand voyage vers la nuit (2018), Bi Gan franchit ici un palier, à travers cet ample et étourdissant film-monde, film-fleuve qui fascine par sa diversité, tant thématique que formelle.
Resurrection est-il un rêve dans un film? Ou un film dans un rêve? Le film est une véritable expérience vue nul part ailleurs. Il représente un vaste catalogue de tout ce que le cinéma peut offrir. C’est un projet hybride, vertigineux qui prolonge l’obsession du cinéaste pour les frontières poreuses entre réalité et illusion, mémoire et rêve, tout en rendant avec sa structure éclatée un magnifique hommage à l’histoire du cinéma.
Cette œuvre s’échappe des codes et conventions du cinéma traditionnel. Il n’est pas un film narratif et linéaire, ce n’est pas une œuvre saisissable, mais un essai, un très long métrage artistique et expérimental. La mise en scène riche et époustouflante est d’une inventivité presque sans limite et d’une maîtrise technique remarquable.

Voyage au bout du rêve, poème visuel qui brouille la perception de l’espace et du temps, ce film à la fois nous saisit et nous échappe. Splendide sur les plans narratif et visuel, Resurrection fascine par sa beauté plastique et par ses multiples références : les frères Lumière, Méliès, Friedrich Wilhelm Murnau,Todd Browning, Fritz Lang Douglas Sirk, Orson Welles, Jean Cocteau, Alfred Hitchcock, John Woo…
Déclaration d’amour au cinéma, ce troisième long métrage de Bi Gan fait partie de ces films qu’il faudra prendre le temps de digérer, voire même de visionner plusieurs fois. Ce film ne se raconte pas, il se traverse comme un labyrinthe et nous devons accepter de perdre nos repères pour mieux percevoir les lignes de fuite du récit. Ne regardons pas Resurrection avec l’œil du spectateur rationnel mais avec celui du rêveur éveillé.
Philippe Cabrol

