Pour son premier long-métrage, Nicolas Keitel prolonge des thèmes souvent abordés dans ses courts-métrages et propose une réflexion sur les traumatismes de l’enfance et leurs répercussions à l’âge adulte. Lui-même issu d’une famille fracturée, il avait à cœur d’écrire une histoire fictive à la fois personnelle et universelle qui peut résonner en chacun. Avec la déshérence comme point de départ, une jeune femme reconstitue son histoire jusqu’à connaître la vérité sur son enfance.
LOUISE de Nicolas Keitel. France/Belgique, 2025, 1h45. Avec Diane Rouxel, Cécile de France, Salomé Dewaels, Lina El Arabi
Critique d’Anne Le Cor, SIGNIS France
Séparée de sa mère et de sa sœur lorsqu’elle était enfant, Marion suit son père dans la galère. Après la mort de ce dernier dans un incendie, la petite fille fugue de sa famille d’accueil. Quinze ans plus tard, on la retrouve, devenue une jeune femme, sous une nouvelle identité. Louise est le prénom qu’elle s’est choisi. Incapable de s’attacher à quiconque, elle retrouve petit à petit sa sœur, sa mère et son histoire sans jamais se dévoiler. Au cœur du puzzle de son existence il y a le mensonge à déconstruire et une nouvelle vie à bâtir.

Louise est une véritable enquête émotionnelle abordée du point de vue de son héroïne éponyme. Les multiples ellipses temporelles donnent au film une dimension de mystère et de découverte. Le moment de la révélation est sans cesse retardé si bien que la tension dramatique reste intacte jusqu’au bout. La narration est distillée sous forme d’énigmes qui se dévoilent les unes après les autres et surprennent le spectateur autant que la protagoniste.
Louise est incarnée par Diane Rouxel pour qui ce rôle très fermé a été un challenge. L’actrice a dû travailler sa diction pour coller au personnage qui s’exprime surtout à travers l’intensité de son regard. Le récit se déroule selon son point de vue. Salomé Dewaels interprète sa sœur Jeanne avec beaucoup de douceur. La ressemblance est forte entre les actrices qui jouent les sœurs jeunes et adultes, ce qui accentue l’aspect dramatique. La scène qui les montre petites filles recroquevillées dans l’escalier entendant leur mère se faire battre a beaucoup hanté le réalisateur.

C’est Cécile de France qui incarne cette mère-courage qui se met au service des autres et ne s’enferme pas dans un statut de victime. Le rôle prend d’autant plus de sens lorsque l’on sait qu’il avait été initialement prévu pour la regrettée Émilie Dequenne. Pour accentuer la tension nerveuse Nicolas Keitel a confié la bande-son du film à Superpoze, chantre d’une musique électronique qui renforce l’intensité des scènes.
Le film finit sur une toute autre musique, comme il avait commencé d’ailleurs, à savoir Vivo Per Lei. La boucle est bouclée dans la trajectoire du personnage principal qui peut enfin guérir de son enfance volée. La désarticulation de la narration voulue par le réalisateur fait de Louise un film qui se dévoile en douceur. Centré sur la famille, le scénario a séduit la productrice de La Famille Bélier (Eric Lartigau, 2013) qui a parié sur ce récit profond et sincère, mêlant une belle histoire à un pathos assumé.
Anne Le Cor

