MédiasLes Chroniques CinémaDISCLOSURE DAY de Steven Spielberg

DISCLOSURE DAY de Steven Spielberg

Depuis qu’il a observé le spectacle d’une pluie de météores avec son père quand il était enfant, Steven Spielberg se passionne pour le cosmos et la vie extraterrestre. Son nouveau film est une fresque de science-fiction, qui utilise les extraterrestres pour mieux disséquer les humains.

DISCLOSURE DAY de Steven Spielberg. Etats-Unis. 2026, 2h20. Avec Josh O’Connor, Emily Blunt,Colin Firth, Eve Hewson.

Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France

Daniel, génie de l’informatique, découvre l’existence d’une vie extraterrestre et se transforme en lanceur d’alerte. Parallèlement, Margaret, une présentatrice météo de Kansas City se met à parler « alien » en plein direct. Leurs trajectoires finissent par se croiser, le temps d’une course-poursuite pour tenter de faire éclater la vérité. 

Il y a 25 ans le mot « disclosure » appartenait exclusivement à la sphère complotiste. Cette expression désignait la fin des temps ou le renouvellement d’un cycle. Selon cette hypothèse, la manière dont Spielberg représente les extraterrestres pourrait-t-il nous offrir un indice sur leur véritable nature : sont-ils bienveillants et amicaux ou inquiétants et effrayants dans la réalité ?

Le réalisateur interroge la capacité de l’être humain à gérer l’information, en inscrivant son film dans une tonalité très contemporaine : celle d’une humanité travaillée par ses propres logiques d’autodestruction. Dans ce contexte, cette vie extraterrestre peut-elle faire basculer définitivement l’humanité dans le chaos, ou au contraire se révéler salvatrice, en rappelant la nécessité de communiquer avec l’autre, y compris au sein même de son espèce ? Et de quoi l’humain doit-il être protégé, sinon de lui-même ? 

Disclosure Day interroge le monde avec un rythme haletant et une mise en scène particulièrement immersive et maîtrisée. Le long-métrage questionne également, en filigrane, la place de la religion et sa nécessité (ou non) pour maintenir les êtres humains ensemble. Le film oppose au cynisme et à la méfiance un humanisme et une empathie qui forment le cœur de ce récit où la question de la présence extraterrestre rejoint celle de la foi, de la croyance.

C’est surtout notre rapport à la vérité qui intéresse le cinéaste. Dans un monde où les institutions ne convainquent plus personne, où les gouvernements cachent autant qu’ils révèlent, où chacun construit sa propre réalité, les extraterrestres semblent presque secondaires dans le film. Ils ne sont qu’un symptôme. Ce que semble raconter ce métrage, c’est une société qui a perdu confiance dans tout.

Spielberg a toujours été un cinéaste de la foi : foi dans l’enfance ou dans l’imaginaire, croyance dans la possibilité de découvrir quelque chose de plus grand que soi. Mais à l’ère des fausses nouvelles et des complots numériques, ce geste n’a plus tout à fait la même signification. Là où Rencontres du troisième type (1977) ouvrait une porte vers l’inconnu, Disclosure Day développe une atmosphère paranoïaque. Spielberg y mélange enquête gouvernementale, mystère scientifique et thriller politique autour de la révélation d’une présence alien sur Terre. Il pose ainsi la question fondamentale : « Sommes-nous seuls dans l’univers ? ».

Disclosure Day est sans doute un des films les plus risqués et les plus étranges de Steven Spielberg, avec des compositions visuelles à couper le souffle, ainsi que l’excellente musique de John Williams. Le cinéaste érige un pont entre son savoir-faire de grand « artisan du spectacle » et ses obsessions les plus intimes et construit un film fidèle en sa croyance humaniste.

Steven Spielberg n’a jamais cessé de regarder le ciel. Si l’on excepte La Guerre des mondes (2005), depuis Rencontres du troisième type (1977) les extraterrestres ont toujours représenté chez lui une promesse : celle d’un ailleurs capable de réenchanter le monde. Avec Disclosure Day, le cinéaste revient donc à ses premières fascinations cinématographiques. Mais les soucoupes volantes ne surgissent plus dans un ciel étoilé mais dans un monde saturé des chaînes d’informations continues, des vidéos militaires déclassifiées et des réseaux sociaux. Un regard vers les étoiles pour mieux se raconter : difficile d’imaginer idée plus  »spielbergienne ».

Philippe Cabrol

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