Premier long-métrage de la réalisatrice allemande Sarah Miro Fischer, il explore avec une rare sensibilité les liens familiaux, la loyauté et les zones grises de la morale. Entre loyauté familiale et exigence morale, le conflit intérieur devient le véritable moteur du film.
THE GOOD SISTER / Schwesterherz de Sarah Miro Fischer. Allemagne, 2025, 1h35. Avec Anton Weil, Marie Bloching, Proschat Madani, Laura Balzer. Festival international du film de Berlin 2025, section Panorama
Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France
Assistante infirmière, Rose entretient une relation très fusionnelle avec son frère aîné Sam. Depuis toujours, il représente pour elle un repère, une présence rassurante sur laquelle elle peut compter. Mais cet équilibre vacille lorsqu’une jeune femme accuse Sam de viol. Alors qu’une enquête est ouverte, Rose est appelée à témoigner.

Plutôt que de se concentrer sur l’enquête elle-même, The Good Sister choisit un point de vue original : celui d’une proche confrontée aux actes d’un être qu’elle croyait connaître parfaitement. À travers le regard de Rose, la cinéaste explore les mécanismes du doute, les angles morts de l’affection et la difficulté de concilier amour et justice.
Le film épouse les étapes du dilemme moral de Rose et le récit exprime bien l’évolution psychologique et émotionnelle de la jeune femme en plein questionnement. Le doute ne surgit pas d’un bloc, il s’installe, petit à petit, de façon insidieuse à travers un regard fuyant, une hésitation dans la voix, un silence trop long. La relation fraternelle, autrefois si solide, se délite petit à petit au fil du temps.
La décision de Rose est multiple : tout d’abord, celle d’une sœur, mais aussi celle d’une femme, et, par le contexte, celle de potentiel témoin auditif. Pour exprimer la fracture dans la relation entre frère et sœur, la cinéaste opte pour un changement significatif dans le cadrage. Si au début du film, tous deux sont filmés très proches, cette symbiose initiale s’estompera au fil du récit. La réalisatrice filme ce détachement par des paroles qui se font de plus en plus rares, des instants partagés évités mais aussi des changements de distance physique. Voulant se préserver les uns et les autres, les membres de cette famille finissent pas ne plus se (re)connaître. C’est le portrait d’un amour familial soumis à l’épreuve de la vérité et où la loyauté devient un fardeau intenable.
The Good Sister s’ancre dans notre époque. C’est un film qui fait écho aux questionnements contemporains sur le consentement, la parole des femmes et la responsabilité de l’entourage face aux violences sexuelles. Ce film raconte tout en pudeur à quel point une agression sexuelle impacte évidemment la victime, mais aussi l’entourage de l’agresseur, et nous amène à nous questionner sur les rôles à prendre quand un tel acte est commis par un proche. Sarah Miro Fischer s’intéresse moins aux particularités judiciaires qu’à la réaction émotionnelle de l’entourage de l’accusé. D’abord, qui croire quand on a vu toute sa vie une personne différente de celle qui se dévoile d’un coup ? Comment peut-on accepter cette nouvelle réalité sans se trahir soi-même ?
Porté par l’interprétation remarquable de Marie Bloching dans le rôle de Rose et d’Anton Weil dans celui de Sam, le film évite les jugements simplistes pour offrir un portrait profondément humain des personnages pris dans un conflit émotionnel dévastateur. La mise en scène sobre et immersive accompagne avec justesse le cheminement intérieur de son héroïne.
À la fois intime et poignant, The Good Sister est un film qui invite à la réflexion en ouvrant un dialogue sur la responsabilité, le silence, les certitudes qui nourrissent le terreau de nos vies, les ramifications complexes des relations intrafamiliales qui se fissurent à la survenue d’un événement, les moyens d’affronter une situation ou de l’éviter, par déni ou par peur de la vérité.
Philippe Cabrol

