Pour leur sixième collaboration, le réalisateur danois Anders Thomas Jensen et son acteur fétiche Mads Mickkelsen nous offrent un film assez inclassable qui mêle comédie noire, thriller déjanté et drame familial à la fois tendre et gore. The Last Viking est une œuvre originale à tout point qui explore l’âme humaine comme seuls les Scandinaves savent le faire, le tout pimenté par l’expression d’un humour décalé et transgressif.
THE LAST VIKING de Anders Thomas Jensen. Suède/Danemark, 2025, 1h56. Avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kass, Sofie Grabol, Lars Ranthe. En France, interdit aux moins de 12 ans.
Critique d’Anne Le Cor, SIGNIS France
À sa sortie de prison, quinze ans après avoir réalisé un casse, Anker n’a qu’une idée en tête : récupérer le butin. C’est à son frère Manfred qu’il avait confié le soin de planquer l’argent en lieu sûr, dans la forêt qui entoure la maison de leur enfance. Problème : Manfred se prend pour John Lennon et ses facéties entraînent vite les deux frères dans des péripéties où se mêlent violence brute et comédie loufoque mais où se dévoile aussi l’expression d’un amour fraternel indéfectible.

On retrouve dans The Last Viking des thèmes chers à son réalisateur, à savoir les traumatismes, ici ceux de l’enfance, qui se répercutent en des troubles psychiques à l’âge adulte. La mise-en-scène est à la fois singulière et bien maîtrisée, ponctuée de flashbacks et de révélations qui viennent consolider une histoire plutôt farfelue. Le mélange des genres fonctionne bien grâce à un récit équilibré et finalement cohérent, des protagonistes bien léchés et un casting fort dans lequel on retrouve des acteurs familiers du cinéaste.
Avec sa coupe de cheveux improbable, Mads Mikkelsen incarne Manfred, non sans une certaine jubilation. À première vue complètement azimuté, le personnage se révèle plus central et plus profond au fur et à mesure que la narration expose une histoire de famille essentielle à l’intrigue. La complicité est flagrante avec Nikolaj Lie Kaas qui interprète Anker, le braqueur qui se découvre un grand cœur de frère protecteur. Ce duo de tête se montre très complémentaire, ce qui apporte de la sensibilité à cette fratrie très soudée. Le reste du casting s’intègre parfaitement pour créer des personnages tous plus ou moins excentriques qui contribuent à l’atmosphère sombre et grotesque du film.
Ce qui ressort du long-métrage est son aspect très nordique. L’ambiance est plantée dès le début avec la légende viking graphique dont la philosophie égalitariste poussée à l’extrême vire à l’absurde par trop de radicalité. C’est tout le contraire du film qui finit en une catharsis familiale. Ici, le côté absurde est la force révélatrice qui déclenche l’épiphanie. La forêt et les runes ajoutent à l’atmosphère scandinave rythmée, qui plus est, par des airs d’ABBA.
Anders Thomas Jensen avait à cœur de réaliser un film bienveillant sur la tolérance envers tous les décalés de la terre. Car l’humain ne se résume pas à un seul trait de caractère et il est possible de cohabiter avec des êtres singuliers qu’il serait bon de ne pas juger au premier abord. C’est ce qu’apprend Anker à son grand étonnement et son regard change assurément. Au bout du bout, la réalité est plus belle que le légende.
Anne Le Cor

