Alors qu’ils se connaissent à peine, deux demi-frères se retrouvent et se confrontent à leur passé tumultueux. Le premier long métrage de Brendan Canty interroge avec tendresse les relations fraternelles.
CHRISTY AND HIS BROTHER de Brendan Canty. Grande-Bretagne/Irlande, 2025, 1h35. Avec Danny Power, Diarmuid Noyes, Emma Willis, Cara Cullen, Helen Behan. Berlinale 2025, section Generation 14plus.
Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France
Brendan Canty a tourné dans un endroit qu’il connaît bien, le nord de Cork, petite ville irlandaise de la côte sud-ouest. Le réalisateur l’a choisi pour son authenticité et son ambiance. Il s’inspire de ce qu’il y a vu, ce qui explique, en partie, la grande justesse des situations, des personnages et des dialogues. Ce long-métrage montre une Irlande d’aujourd’hui, vivante, traversée de fraternité. En effet, on s’attache à ces deux frères cabossés qui réparent et se réparent en avançant, prouvant qu’il existe toujours une ouverture possible quand on la cherche à deux.

Expulsé de sa famille d’accueil, Christy, 17 ans, s’installe chez son demi-frère, Shane, qu’il connaît à peine. Ce dernier vit avec Stacey et leur bébé. Christy rencontre des jeunes du quartier et accompagne Shane sur ses chantiers. Ils ne parlent pas de leur passé, ni de leurs peurs, ni de leur peine après la mort de leur mère. Ils ne parlent pas des problèmes de Christy. Ils n’évoquent pas la peur de Shane qui voit sa vie, stable de jeune père et chef de famille, bouleversée.
Dans Christy and his Brother, il y a de la douleur, mais il y a surtout de la vie, de la joie et c’est la très grande force du film. En revenant dans le quartier de sa petite enfance, Christy voit les secrets, les traumatismes et les drames familiaux enfouis réapparaître. La violence est sous-jacente, mais le jeune homme lutte. Entre le travail aux côtés de son demi-frère, la camaraderie des adolescents, une jeune fille et son frère handicapé, ainsi que la découverte d’un talent pour la coiffure qui fut le métier de sa mère. Refusant la désespérance, Christy tente de trouver ses marques. Sur son chemin de résilience, il va donner un sens à sa vie et se construire un avenir.
Les acteurs sont des non-professionnels qui vivent à Cork, ce choix correspondant à un souci de réalisme et à une quête d’authenticité. Ce drame social, ce portrait profondément humain et lumineux d’une jeunesse cabossée célèbre l’importance de la fraternité, de la communauté, et des liens réparateurs. Face aux épreuves, aux tentations, les liens se renouent, la solidarité s’exprime, au sein d’une famille comme d’une communauté. Le film analyse ces liens qui se tissent, les colères qui explosent, les excuses qui sont absentes et les pardons qui arrivent tardivement, mais qui sont sincères.
Christy and his Brother, beau et lumineux film d’apprentissage sur la réconciliation, et notamment la réconciliation par la coiffure, avec ses proches et avec soi-même. Il mêle habilement réalisme social et déclaration d’amour aux habitants de Cork.
Philippe Cabrol

