MédiasLes Chroniques CinémaTHE SOUL WHISPERER / CHEVITTORMMA de Leo Thaddeus

THE SOUL WHISPERER / CHEVITTORMMA de Leo Thaddeus

Dans une communauté catholique de la région du Kerala en Inde, Thresya est régulièrement appelé aux chevets de ceux qui vont mourir. Elle les accompagne avec des gestes tendres, une écoute attentive aux corps, des chants et des prières psalmodiées à l’oreille des agonisants.

THE SOUL WHISPERER / CHEVITTORMMA de Leo Thaddeus. Inde/Australie/France, 2026, 1h34. Avec Pauly Valsan, Dileesh Pothan, George Korah et Haritha Parokod.

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

Dans sa communauté rurale, Thresya, une veuve d’âge mûr, est une chevitormma, celle qui murmure aux âmes de ceux qui vont trépasser. Mêlant les traditions culturelles aux litanies et prières catholiques, cette coutume est un moment d’apaisement, une aide au lâcher prise aux portes de la mort. Thresya est une femme douce, discrète, peu bavarde, attentive aux fleurs de son jardin comme aux enfants de son entourage. Elle connaît sa juste place, dans la société aussi bien que dans les maisons où elle est demandée.

Un jour, elle est appelée pour assister Kavar, un homme riche et atteint d’une maladie en phase terminale, empli de hargne envers sa famille. Son fils George est récemment arrivé d’Australie, avec sa femme Harini et leur fils de 10 ans. Si ce dernier est tout heureux de rencontrer enfin son grand-père, George refuse de voir son père, et celui-ci ne s’adresse qu’à Thresya. Comme un jeu de cache-cache avec la mort et avec sa famille, Kavar fait semblant d’être dans le coma quand la porte de sa chambre est ouverte. Un prêtre est aussi convoqué pour lui donner les derniers sacrements. Sans la moindre compassion pour cet homme alité et malade, il lui demande juste la liste des ses pêchés. Kavar refuse obstinément de se confesser mais peu après son départ, se confie à Thresya. Ses paroles vont profondément la bouleverser.

L’interprète de Thresya est Pauly Valsan, une actrice à la prestigieuse carrière, autant au théâtre qu’au cinéma. Elle incarne avec beaucoup d’humilité ce rôle de chevitormma, femme qui ressent les tensions dans tout son corps et parle peu. Ce récit de pardons et d’âmes en peine est mis en scène avec subtilité et une photographie à la fois douce et lumineuse, comme un bel écrin pour recueillir le souffle imperceptible de ceux qui vont mourir. Le film témoigne aussi d’une autre liturgie, respectueuse de la culture et des coutumes locales, inspirée de l’Eglise catholique syriaque, notamment à travers la musique et les chants.

Soul Whisperer est en effet profondément ancré dans la réalité de cette région. La tradition veut que le Kerala soit à l’origine du christianisme en Inde, avec l’arrivée de l’apôtre saint Thomas. C’est aujourd’hui la troisième religion du pays, même avec un très faible pourcentage (un peu plus de 2 pour cent de la population totale). De même, dans la région de Cochin, il y avait une communauté juive, ce que le film rappelle discrètement, soulignant ainsi une volonté d’apaisement et de réconciliation dans ce vaste pays régulièrement en proie à des conflits inter-religieux.

Ce récit de pardons, celui qui libère et permet de partir en paix, celui qui guérit et permet de revenir dans la vie, est mis en valeur par la mise en scène de Leo Thaddeus, notamment à travers la douceur de la lumière et le travail sur les cadres. Les portes s’ouvrent ou se ferment, comme le cœur des personnages, les fenêtres sur le passé dénouent le présent, l’alternance entre les chambres dépouillées et la nature exubérante, tout amène avec douceur vers le dénouement final.

Soul Whisperer a été réalisé avec le concours du producteur Stephan Zacharias et une équipe technique internationale (Iran, Finlande, Australie, Philippines, Inde). Le réalisateur Leo Thaddeus est un membre actif dans les médias de la communauté catholique indienne et travaille régulièrement avec la délégation de SIGNIS Inde.

Magali Van Reeth

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