MédiasLes Chroniques CinémaL'AFFAIRE ZANETTI de Leonardo Di Costanzo Prix SIGNIS Venise 2025

L’AFFAIRE ZANETTI de Leonardo Di Costanzo Prix SIGNIS Venise 2025

Condamnée à 20 ans d’incarcération pour un meurtre dont elle ne se rappelle pas, Elisa Zanetti est depuis plusieurs années dans un centre de détention lorsque un chercheur en criminologie lui demande à nouveau d’évoquer son crime.

L’AFFAIRE ZANETTI de Leonardo di Costanzo. Italie/Suisse, 2025, 1h45. Avec Barbara Ronchi, Roshdy Zem. Mostra de Venise 2025, prix SIGNIS.

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

Ni film de tribunal ni film policier, L’Affaire Zanetti est inspirée d’une histoire vraie et s’attache surtout à comprendre comment un passage à l’acte d’une telle violence peut survenir. Roshdy Zem interprète un criminologue cherchant à décortiquer les raisons d’un meurtre. Avec distance et précisions, il interroge des personnes lourdement condamnées pour essayer de leur faire prendre conscience de la réalité de leur acte. Face à lui, c’est l’actrice Barbara Rochi qui est Elisa. Une jeune femme ayant tout oublié des événements qui l’ont conduite au tribunal puis en hôpital psychiatrique, puis en prison. Une personne renfermée, discrète, à qui l’actrice a su donner l’image d’une personne effacée.

Leurs conversations ont lieu dans ce qui doit être la bibliothèque du centre de détention. Une pièce à la fois lumineuse et sombre où les stores à demi ouverts des grandes baies vitrées, évoquent le confessionnal, l’enfermement laissant percevoir une ouverture, aveuglante lorsqu’on y fait face. C’est une prison peu ordinaire, expérimentale, située dans les montagnes où la neige de l’hiver reste longtemps entre les divers bâtiments. Les cellules sont ici de petits chalets en bois répartis en bordure de forêt, que les détenues se partagent deux à deux.

Alors qu’au tribunal lors de son procès, Elisa était restée muette, elle accepte, plus de 10 ans après les faits, d’évoquer ses actes. Cette distance temporelle était t-elle nécessaire pour accepter frontalement sa responsabilité ? Ou sachant qu’elle n’encourrait pas d’autres sanctions pénales, elle peut affronter la réalité de son meurtre ? Elle va le faire progressivement, douloureusement, avec des renoncements et quelques derniers mensonges.

Leonardo Di Costanzo construit une mise en scène alternant les atmosphères sombres et les moments de clarté, les conversations entre Elisa et le professeur Alaoui avec les scènes où on voit peu à peu la transformation de la jeune femme lorsqu’elle chemine péniblement, comme sur la neige gelée, vers la vérité de ses actes. Dans la souffrance, c’est un chemin de vérité.

Magali Van Reeth

Au Festival du film de Venise, les membres du jury SIGNIS ont décerné leur prix à Leonardo Di Costanzo, accompagné de la mention suivante : Le jury SIGNIS souhaite souligner l’universalité du message du film et son courage à aborder le côté obscur présent en chaque être humain. Elisa est en prison, après avoir commis l’un des pires crimes : le meurtre de sa sœur. Leonardo Di Costanzo, grâce au jeu extraordinaire de Barbara Ronchi, décrit magistralement le voyage intérieur d’Elisa du déni à l’acceptation, un voyage avec le soutien d’un criminologue et grâce à l’amour inconditionnel de son père. Lorsqu’elle est prête à affronter sa culpabilité, elle trouve le moyen d’embrasser le pardon et la possibilité de la rédemption. La vérité la libère.

Les membres du jury 2025 : Eliana Ariola (Italie), Sergio Perugini (Italie), András Petrik (Hongrie), María Serrano (Espagne), Stanislav Zeman (Tchéquie).

Latest

More articles