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LETTRES D’AMOUR A MA GRAND-MERE de Lan Hongchun

Cette comédie dramatique en langue Teochew a été un grand succès commercial et critique en Chine. C’est l’histoire romancée des migrants chinois et des lettres et mandats qu’ils envoyaient à leur famille restée au pays. Une épopée historique astucieusement racontée.

LETTRES D’AMOUR A MA GRAND-MERE de Lan Hongchun.Chine, 2025, 1h58. Avec Sitong Li, Yantong Wang, Shaoqing Wu, Runqi Zheng, Taew Usha Seamkhum..

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

L’histoire de la Chine est, depuis des millénaires, une histoire de migrations. Les habitants de ce vaste pays, aux cultures et aux langues si diverses, ont fondé des communautés partout dans le monde, fuyant les guerres, les famines ou les révolutions. Et depuis très longtemps, et notamment à partir du 20° siècle, ils ont permis à leur famille restée au village de survivre grâce à des lettres accompagnées de mandats, les qiaopi. C’est à travers ces documents d’archives que le scénario de Lettres d’amour à ma grand-mère se déroule entre 1945 et 2027.

C’est pourtant la cupidité d’un jeune homme qui va enclencher le retour en arrière et la découverte d’une histoire aussi douloureuse qu’émouvante. Couvert de dettes, il veut retrouver ce grand-père qui a forcément fait fortune au Siam puisqu’il n’en est jamais revenu. Avec une adresse sur un papier jauni et superbement calligraphié, il part. C’est ensuite toute l’histoire de cette migration, de rencontres au sein de la communauté Teochew, stigmatisée par les locaux – comme souvent dans les histoires de migrants. Le scénario fait des retour en arrière pour dévoiler peu à peu les nombreux mystères et quiproquo de ce récit.

C’est aussi une histoire de résilience, où deux femmes qui ne se connaîtront jamais, se sont entraidées pendant plus de 60 ans. Où un homme honnête se démène pour nourrir sa famille, toujours avec le sourire, toujours avec générosité. Avec les petites histoires qui se déroulent à l’ombre de la grande Histoire, le film est une belle fresque familiale où les changements imperceptibles du temps sont mis en scène dans de superbes décors. Que ce soit la reconstruction des fêtes de village traditionnelles du Teochew, ou le Bangok des années 1950 avec ses échoppes, ses marchés de rues et les très belles demeures des Chinois ayant fait fortune.

Tous les acteurs, dont plusieurs ne sont pas des professionnels, jouent avec une belle simplicité et une conviction touchante. On retrouve avec plaisir la célèbre actrice thaïlandaise, Taew Usha Seamkhum, elle aussi issue de plusieurs cultures. Le réalisateur Lan Hongshun a toujours choisi de tourner ses films en langue Teochew, en hommage à ses origines. Mais, pour ce long-métrage, en choisissant le thème de la migration, il ouvre son film à l’actualité internationale qui va bien au-delà des frontières de la Chine.

Magali Van Reeth

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