La talentueuse réalisatrice Jeanne Herry avait déjà choisi Adèle Exarchopoulos dans son film Je verrai toujours vos visages (2023). Elle la choisit de nouveau dans ce long-métrage pour le personnage de Garance que Adèle va porter avec sa vitalité, son authenticité, sa sensibilité qui émeut tant.
GARANCE de Jeanne Herry. France. 2026. 1h45. Avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud. Compétition officielle au Festival de Cannes 2026.
Critique de Chantal Laroche Poupard, SIGNIS France
Le personnage de Garance se dessine à partir d’une rencontre que Jeanne Herry a fait avec une jeune alcoolique. Le prénom choisi est issu du latin, du nom d’une fleur qui évoque une vitalité naturelle et vibrante. Ce prénom est aussi celui du personnage inventé par Jacques Prévert, Arletty, femme libre et moderne dans le film Les Enfants du Paradis (1945).

Dans le film de Jeanne Herry, Garance est elle aussi une jeune femme libre mais elle est également fragile, en manque d’amour, déséquilibrée par son addiction à l’alcool et en recherche de travail. Elle ne trouve que de petits rôles de théâtre, au service desquels elle met sa sensibilité ; elle dit : « Ça vaut de l’or la fragilité, la sensibilité ». Fragile mais battante jusqu’au jour où le verdict médical tombe : son addiction à l’alcool a réduit son foie en lambeau. C’est le choc ! Elle a la chance de rencontrer la douce et sensible Pauline – que Sara Giraudeau interprète à merveille. On entendait du reste dès le début du film la voix de celle-ci en off comme un présage à l’évidence de cette relation.
Pauline, pour qui tout est simple et fluide, arrive dans la vie de Garance avec l’amour solaire qu’elle irradie alors que Garance est en train de toucher le fond. Dans un superbe champ-contrechamp, Pauline lui laisse le temps et la liberté de décider elle-même de sortir ou pas du cercle infernal de son addiction. Les éclairages sur les visages en plan serré révèlent la variété éblouissante des expressions de ces deux superbes comédiennes.
Adèle Exarchopoulos crève l’écran, traverse ce film avec l’énergie époustouflante qu’elle déploie, que ce soit l’énergie dépensée dans des bars, chez des amis, ou dans de petits rôles de théâtre. Son authenticité poignante émeut aux larmes et nous désarme.
Jeanne Herry traite du thème de l’alcoolisme avec efficacité et utilité et déploie magistralement sa perspicacité à comprendre une jeunesse souvent perdue dans notre monde parfois fou.
Chantal Laroche Poupard

