Situé dans l’Ouest des Etats-Unis, le film bénéficie d’une cinématographie envoûtante, aux panoramas grandioses, et de moments poignants de contemplation, d’inspiration et de défi. Il a pour sujet la ré-insertion d’un fermier ayant tout perdu dans les incendies qui ont ravagé la région.
REBUILDING de Max Walker-Silverman. États-Unis, 2025, 1h35. Avec Josh O’Connor, Meghann Fahy, Kali Reis, Lily La Torre. Sélection officielle Festival de Karlovy Vary 2025, prix du jury œcuménique.
Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France
Après les incendies qui ont ravagé sa région, Dusty voit son ranch réduit en cendres. Le jeune fermier se voit proposer comme à d’autres sinistrés, un mobile home, géré par le gouvernement. Réfugié dans ce camp de fortune, il tente de redonner un sens à son existence. Il en profite pour renouer avec son ex-femme Ruby et Callie Rose, sa fille qu’il connaît mal et qu’il a perdue de vue depuis son divorce.

Les premières scènes de Rebuilding s’apparentent presque à une méditation. Dusty se tient à distance de tous. Il se perçoit comme différent des autres personnes du camp où il loge comme s’il n’était que de passage. Il croit que sa perte est temporaire. Le film prend son temps pour déconstruire cette illusion, de même pour les relations qui se dévoilent progressivement.
Dusty va trouver soutien et affection auprès des autres sinistrés, relogés comme lui. Dès qu’il commence à participer aux dîners de groupe, on le voit changer. Bien qu’il ne s’agisse pas de veillées funèbres, le feu symbolise la mort pour chacun. Rapidement, ce groupe tisse des liens, chacun portant en lui une histoire de deuil. Face à la perte et à la détresse, l’esprit de communauté et la solidarité deviennent essentiels.
De même son ex-épouse Ruby est présente pour lui. Leur fille, Callie-Rose, est l’étincelle qui rattache Dusty à ce qui lui reste. Elle décore sa caravane d’étoiles phosphorescentes. Ces étoiles évoquent un nouveau ciel, et peut-être un nouveau départ. Père et fille vont maladroitement tenter de se retrouver, ils sont tous les deux timides et peu bavards.
Ce duo montre ainsi qu’au milieu de la détresse, l’amour et la réconciliation trouvent toujours leur chemin et que les biens matériels perdent toute valeur. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, Dusty retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire. Il incarne un personnage qui retrouve peu à peu la lumière et embrasse à nouveau la paternité.
Rebuilding ne s’intéresse pas aux grands gestes. Il s’attache plutôt à la manière dont les gens portent le deuil. Nous le voyons dans leur être profond. Le film s’attarde sur les gestes les plus simples du quotidien qui en deviennent des rituels.

Josh O’Connor et Lily LaTorre, dans le rôle d’un père et sa fille, confèrent sa profondeur émotionnelle au film. Dusty apparaît non pas comme un homme brisé, mais comme quelqu’un qui essaie de donner un sens aux «fragments de vie» qui lui restent. Son regard intense et bouleversant exprime la souffrance du monde, notamment dans le monologue où il évoque la douleur de perdre non seulement des objets, mais aussi les souvenirs qu’ils renferment. Nos possessions ne renferment-elles pas les histoires que nous oublions et/ou que nous portons en nous ? Lorsqu’elles disparaissent, une partie de nous ne disparaît-elle pas avec elles ? La présence de Lilly LaTorre est saisissante. Elle porte l’histoire avec un charme naturel et spontané.
Le titre du film de Walker-Silverman pourrait surtout s’interpréter comme la reconstruction d’une relation père-fille. Dans cette Amérique marquée par les catastrophes climatiques, le film évoque aussi la perte, la solidarité, la résilience et la reconstruction intime et collective, filmée comme un acte de foi silencieux. Le rapport entre la nature, la mémoire et la famille est montrée dans une mise en scène épurée.
Max Walker-Silverman parvient à rythmer son film par quelques moments simples et contemplatifs, qui trouvent écho par leurs cohérences dans le déroulement du film, et avec une belle bande-son country et folk.
Philippe Cabrol
Le jury œcuménique du Festival de Karlovy Vary 2025 a décerné son prix à Rebuilding de Max Walker-Silverman, accompagné de cette motivation : Un éleveur discret et divorcé du Colorado, qui a tout perdu dans un incendie de forêt, est relogé dans un camp d’urgence avec d’autres déplacés. À mesure que ces inconnus apprennent à se connaître, chacun retrouve l’espoir en nouant des liens d’amitié et de famille. Avec une touche de délicatesse, le réalisateur explore les thèmes de la communauté, de la famille recomposée, de la profonde générosité humaine, de l’altruisme et de la coopération. Ce film austère et visuellement saisissant est une belle histoire porteuse de vie et d’espérance face aux épreuves, tant personnelles qu’environnementales.
Les membres du jury étaient : Achim Forst (Allemagne), Rose Pacatte (Etats-Unis), Ida Tenglerová (Tchéquie)

