A travers les saisons, un couple fraîchement divorcé apprend à vivre séparé malgré tout ce qu’il leur reste de commun : deux enfants, une maison, un chien et beaucoup de souvenirs heureux. Un doux drame familial par fragments, comiques et mélancoliques, et la sublime nature islandaise.
L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE de Hlynur Palmason. Islande/Danemark/Suède/France, 2025, 1h49. Avec Saga GARÐARSDÓTTIR, Sverrir GUÐNASON, Ída MEKKÍN HLYNSDÓTTIR, Grímur HLYNSSON, Þorgils HLYNSSON, Ingvar SIGURÐSSON et Anders MOSSLING.
Critique de Pierre-Auguste Henry, SIGNIS France
Le cinéma islandais produit régulièrement de très beaux films de tous genres qui, souvent, ont un parcours remarqué en festivals. C’était le cas du 3ème long-métrage d’Hlynur Palmason, Godland, qui suivait un jeune prêtre danois missionné pour bâtir une paroisse sur les terres quasi vierges d’Islande à la fin du XIXème siècle. Remarquablement accueilli par Cannes en 2022 avant d’être sélectionné pour les Oscars, ce drame d’époque ambitieux avait propulsé son réalisateur sur le devant de la scène art-et-essai au point que son nouveau film était particulièrement attendu. L’Amour qu’il nous reste a été présenté en avant-première lors du Festival de Cannes 2025 et reparti avec – chose peu commune – un second prix “Dog Palm” d’affilée, cette fois pour la performance de Panda, un magnifique chien de berger islandais appartenant au réalisateur lui-même.

Car pour ce défi du “film d’après”, Hlynur Palmason change complètement de veine : retour au présent avec une histoire de divorce d’une surprenante légèreté et avec de délicieux bouts de comédie, et surtout beaucoup d’apports personnels. Au-delà de son chien, le cinéaste met en scène ses propres fils dans le rôle des enfants du couple séparé à l’écran, ainsi que ses œuvres d’art qu’il fait “jouer” comme la production de la mère, artiste plasticienne d’extérieur et fraîchement séparée de son marin-pêcheur de mari. Probablement biaisé par un point de vue continental, on sourit face à ce couple étonnant… mais peut-être typiquement islandais !
Ce sont également des images personnelles qui ouvrent le film : la toiture d’une maison est retirée à la grue, annonçant la fin programmée d’un foyer familial. Il s’agit d’images documentaires captées par Palmasson lui-même lors de la démolition de son ancienne maison en Islande.Quoi qu’un peu appuyées par moments, L’Amour qu’il nous reste est composé très largement de ces vignettes métaphoriques, des images fortes et évocatrices d’une fin de relation en 4 saisons. On y suit le père et la mère dans leurs nouvelles occupations solitaires comme dans les moments de retrouvailles imposés par le quotidien de parent. Ce sont des moments de vie qui sont filmés et juxtaposés avec espièglerie, et entrecoupés de souvenirs fantasmés du passé qui apportent une douce touche mélancolique à l’ensemble.
Dans l’alternance légère entre ces deux sentiments, L’Amour qu’il nous reste touche souvent juste et laisse de beaux souvenirs en images, évidemment renforcés par le naturel épique de la vie islandaise et le sublime de ses paysages.
Pierre-Auguste Henry

