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LES DIMANCHES de Alauda Ruiz de Azua, prix SIGNIS San Sebastian 2025

A 17 ans, une adolescente met le chaos dans sa famille en annonçant qu’elle veut devenir religieuse. Filmé par une réalisatrice qui cherche à comprendre et non pas à juger, la mise en scène a la force épurée qui accompagne bien cette vocation précoce et les conséquences qu’elle déclenche.

LES DIMANCHES de Alauda Ruiz de Azua. Espagne/France, 2025, 1h57. Avec Blanca Soroa, Patricia Lopez Arnaiz, Nagore Aranburu, Miguel Garces, Juan Minujin. Sélection officielle au Festival de San Sebastian 2025, meilleur film et prix SIGNIS.

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

Dans une grande ville du Pays basque espagnol, Ainara 17 ans, vit avec son père et ses 2 jeunes sœurs. Elle est scolarisée dans un grand lycée catholique et mène la vie ordinaire d’une adolescente de son âge. Comme sa mère est morte, Maite, sa tante, et sa grand-mère paternelles sont très proches et gèrent au quotidien Ainara et ses sœurs. Il y a bien quelques frictions à propos d’argent et d’emprunts entre les adultes mais tout le monde se retrouve avec plaisir lors du repas du dimanche. Lorsque Ainara annonce qu’elle veut entreprendre une période de discernement dans un couvent, en vue de devenir religieuse, le cocon familial éclate.

Avec un scénario qui va à l’essentiel, Alauda Ruiz de Azua donne à son film la détermination et la rigueur de son personnage principal. Comme Ainara qui, avec douceur impose son choix, la mise en scène est sans fioriture ni bavardage. Dans des couleurs claires et élégantes, chacun des membres de cette grande famille existe réellement et prend sa part dans cet ouragan émotionnel.

Les passages au couvent sont quasi documentaires, jusque dans la composition du groupe de religieuses, si conforme à la réalité contemporaine, avec un mélange de sœurs venant du monde entier. C’est l’actrice Nagore Aranburu qui interprète la mère supérieure, dont le calme, la rigueur et la sérénité n’empêchent pas les vives réparties lorsqu’on la questionne sur son engagement.

Si la foi et la détermination d’Ainara ne sont jamais tournées en dérision, ce sont les arguments de sa tante Maité qui donne le contre-point à cet engagement que beaucoup considèrent comme dangereux, ou relevant d’une dérive sectaire, surtout chez une personne aussi jeune. Miguel, le père, qui a une pratique religieuse et qui a inscrit ses trois filles dans un établissement catholique, accepte cette décision, peut être pour ne pas avoir à s’opposer ou à argumenter, alors qu’il est occupé ailleurs. Maité, à cause de l’absence de la mère des enfants, se sent légitime dans ce rôle de protectrice maternelle, qu’elle exerce depuis plusieurs années. La violence de ses réactions s’oppose à la calme détermination d’Ainara et des religieuses qui l’accueillent.

Comme son titre l’indique, Les Dimanches part de ces repas de famille hebdomadaires où règne une agréable ambiance entre plusieurs générations pour en montrer l’implosion lorsqu’un des membres, par une décision qui n’engage que lui, révèle les failles profondes et souterraines du consensus familial.

Pour la réalisatrice Alauda Ruiz de Azua, il ne s’agit pas de condamner un comportement ou une décision, ni de juger la valeur d’une vocation ou la violence d’une réaction mais de donner au spectateur suffisamment d’éléments pour ouvrir les débats. La mère supérieure, la tante et le père, chacun a ses arguments et ses motivations, où l’émotion vient souvent brouiller la raison. La réalisatrice laisse tout le temps planer une ambiguïté sur sa propre position et c’est aussi ce qui fait la force du film.

Magali Van Reeth

Au Festival de San SebastianLes Dimanches de Alauda Ruiz de Azua était en compétition officielle, il a reçu le prix SIGNIS, accompagné de la motivation suivante :

Ce choix est motivé, d’une part, par son exceptionnelle qualité artistique, caractérisée par la délicatesse de sa mise en scène, la profondeur anthropologique de ses personnages et l’excellence de son utilisation des dimensions audiovisuelles et narratives. D’autre part, nous reconnaissons la valeur d’une proposition qui interroge la possibilité de vivre la foi au sein d’un tissu social et familial complexe. En ce sens, le film de Ruiz de Azúa invite, avec honnêteté et respect de la diversité de l’expérience humaine, à une réflexion et un débat fructueux sur la foi et l’Église catholique, englobant à la fois l’ouverture à l’expérience de Dieu et la critique des éventuelles dérives idéologiques susceptibles de l’appauvrir.

Les membres du jury SIGNIS 2025 : Rubén de la Prida (Espagne), Alicia Lombarte (Espagne), Guillermina Rosales (Argentine), Douglas Fahleson (Irlande), Karen Geraghty (Irlande).

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