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ROMERIA de Carla Simon

Pour valider son inscription en études supérieures, Marina doit obtenir un document officiel auprès de sa famille paternelle qu’elle n’a jamais rencontrée. Quittant Barcelone pour la côte galicienne, elle emporte avec elle le journal intime de sa mère, son seul lien avec ses racines.

ROMERIA de Carla Simon. Espagne, Allemagne, 2025, 1h55. Avec Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa. Festival de Cannes 2025, compétion.

Critique de Pierre-Auguste Henry, SIGNIS France

Carla Simon est une réalisatrice espagnole de 39 ans et nouvelle voix dans le paysage du cinéma européen. Révélée par la Berlinale où elle a remporté le prix du meilleur premier film pour Été 93 (2017) puis l’Ours d’Or avec Nos Soleils (2022), la cinéaste clôt une trilogie semi-autobiographique sur la famille avec Romeria, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes.

L’histoire suit Marina (Llucia Garcia), une jeune femme de 18 ans qui a grandi à Barcelone, orpheline et élevée par sa famille maternelle. Pour obtenir une bourse d’études en cinéma, elle a besoin d’une signature officielle de ses grands-parents paternels qu’elle n’a jamais rencontrés. Elle se rend donc à Vigo, en Galice, et espère que cette cousinade improvisée lui permettra de découvrir des bouts de sa propre histoire. Ses parents sont morts du sida alors qu’elle était enfant, une tragédie liée à la crise de l’héroïne qui a frappé l’Espagne des années 1980.

Munie de fragments de souvenirs et de non-dits, elle part à la rencontre de sa famille paternelle. Mais ce dont elle a besoin n’est pas qu’une formalité pour poursuivre les études de ses rêves : ce sont des souvenirs rapportés de ses parents et de l’époque qui les a emportés. Face à des oncles et tantes qui préfèrent l’oubli à la douleur, Marina tente de reconstruire le portrait de ses parents à travers une véritable enquête : elle obtient des témoignages épars, refait les mêmes trajets et visite les mêmes lieux.

C’est le sens du mot “romeria” en espagnol : une tradition de court pèlerinage hérité des fêtes patronales ou, plus symboliquement, un déplacement pour retrouver ses racines. De Barcelone à Vigo, le film fait lui aussi un pèlerinage qui change ses teintes, son rythme et son état d’esprit. Le séjour de Marina en Galice doit lui permettre de devenir réalisatrice, non pas par une simple signature mais en lui offrant son sujet : la mémoire familiale.

Dans son plus beau segment, Romeria met en scène l’imagination de cinéma à travers Marina. En sortant d’une fête, elle est guidée par un chat jusqu’à un franchissement du Styx au figuré, ce qui lui permettra de faire sienne une mémoire qui lui avait été volée. La jeune actrice Llúcia Garcia est une révélation dans le rôle-titre et Romeria est un très beau film sur la réconciliation.

Pierre-Auguste Henry

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