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LES ECHOS DU PASSÉ de Mascha Schilinski

Une grande ferme familiale dans le Nord de l’Allemagne sur plus de cent ans. 4 époques et 4 destins féminins entremêlés dans un montage d’une grande ambition, Les Echos du passé est un très beau drame historique d’un formalisme exigeant.

LES ECHOS DU PASSÉ de Mascha Schilinski. Allemagne, 2025, 2h29. Avec Hanna Heckt, Lea Dindra, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler, Susanne Wuest, Luise Heyer. Festival de Cannes 2025, compétition officielle.

Critique de Pierre-Auguste Henry, SIGNIS France

La rumeur veut que le film ait été “piqué” par le festival de Cannes à celui de Berlin, où la cinéaste allemande Mascha Schilinski avait présenté son premier long en 2017. Pour lui offrir une place en compétition et une projection dès le 1er jour, c’est bien que le comité de sélection avait été soufflé par ce film passé sous différents titres, de l’original The Doctor Says I’ll Be Alright But I’m Feeling Blue lors de l’annonce de la sélection au titre international Sound Of Falling durant le festival. En Allemagne et dans sa langue originale, il s’agit de regarder vers le soleil avec “In die Sonne Schauen”. En France, nous aurons le plus pragmatique Les Échos du passé. Ces pérégrinations de titraille montrent bien à quel point il est difficile d’encapsuler le film en quelques mots sans recourir à une platitude ou à un haïku.

Les Échos du passé, donc, plante son décor dans La Saxe-Anhalt actuelle, territoire témoin de première main de l’histoire allemande. La grand corps de ferme va traverser 4 époques avec des résidents successifs dont les liens familiaux ne sont pas parfaitement explicités. Mais il ne s’agit pas de 4 parties car ces différentes périodes s’entremêlent sans cesse pour former une couture inattendue, sorte de continuum de présences féminines au sein d’une généalogie centenaire.

Cela commence par une petite fille faisant semblant de marcher sur une jambe de bois, premier et principal écho du passé. Dans les années 1910 et la 1ère guerre mondiale, le jeune Fritz doit être amputé d’une jambe après un supposé accident du travail. Trudi, la bonne de la ferme, porte le secret d’une autre forme d’amputation. La petite Alma (Hanna Heckt), sur laquelle le fragment se recentre ensuite, est marquée par la tradition macabre des photos funéraires et la rudesse générale de la vie dans la campagne allemande.

Dans les années 1940, sa fille Erika (Lea Drinda) est déjà une jeune femme et elle est étrangement fascinée par la jambe amputée de son oncle Fritz. 40 ans plus tard encore, la ferme est juste derrière la frontière à l’Est, et c’est la sœur d’Erika, Angelika (Lena Urzendowsky) qui permet au récit de poursuivre sa forme circulaire et quasi fantastique. Enfin, à notre époque, la ferme sert de résidence d’été à un couple berlinois. Leur fille Lenka (Laeni Geiseler) se noue d’amitié avec une autre adolescente qui a perdu sa mère.

Les Échos du passé fonctionne par des visions répétées sautant d’une époque à l’autre, formant un puzzle révélant progressivement les personnages autant que l’intention du film : connecter des présences féminines par quelque chose de surnaturel lié aux souffrances communes. Et c’est par ce montage inspiré que le film dépasse le drame historique pour devenir une merveille de cinéma, décrivant l’expérience féminine comme une fractale dont les changements d’échelles sont les mouvements de l’histoire allemande et européenne.

Pierre-Auguste Henry

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