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LOVE ON TRIAL de Kôji Fukada

Les idoles, ce sont ces jeunes artistes sélectionnés adolescents pour leur physique lors d’auditions organisées par des maisons de productions. C’est un véritable phénomène de société au Japon, qui nous échappe assez dans nos contrées. Le dernier long-métrage de Kôji Fukada nous transporte dans ce monde impitoyable de glamour et de paillettes. Sous des apparences un peu futiles, le film se révèle plus profond qu’il n’y paraît dans sa critique d’un système social vicieux et incohérent.

LOVE ON TRIAL de Kôji Fukada. Japon, 2025, 2h03. Avec Kyoko Saito, Yuki Kura, Erika Karata, Kenjirô Tsuda.

Critique d’Anne Le Cor, SIGNIS France

Mai Yamaoka est la chanteuse d’un groupe de pop en pleine ascension vers le succès. Elle est la plus populaire des filles et, sur scène, c’est elle que l’on met en avant. Pourtant, elle se considère comme une imposture et se dit nulle en chant et en danse. En plein doute quant à sa carrière, elle tombe sous le charme de Kei, un ami d’enfance devenu mime et qui se produit dans la rue. Problème : son contrat stipule l’interdiction formelle d’avoir des relations amoureuses. En bravant l’interdit, le jeune couple déchaîne les foudres des producteurs, des médias et de toute la société en fait.

Le réalisateur japonais s’est inspiré d’un fait réel remontant à une dizaine d’années et qui l’avait profondément choqué. Il utilise beaucoup de contrastes dans sa mise-en-scène pour dénoncer l’hypocrisie de l’industrie du divertissement qui, sous couvert de protection, est prête à briser les jeunes artistes qu’elle a elle-même fabriquées, lorsqu’elles lui échappent. Il oppose l’univers pop et coloré des idoles à l’austérité sombre et froide de la salle du tribunal où Mai et Kei sont amenés à s’expliquer.

De même, la différence de statut est flagrante entre Mai, la superstar adulée du public, et son amoureux Kei qui vit de la générosité des passants. Kôji Fukada confronte deux rapports à l’argent et nous rappelle que le monde du divertissement est avant tout un système économique puissant qui joue gros avec le marketing des idoles. Il montre l’imposture morale d’un procès qui ne se résume pas tant à condamner un amour fautif qu’à une histoire de gros sous.

Mai est une jeune femme qui décide de prendre sa vie en main. C’est un personnage plus complexe qu’une simple pop star formatée et encadrée à qui l’on demande de rester « pure » afin que les fans masculins puissent s’imaginer pouvoir tomber amoureux d’elle. Kyoko Saito, qui l’interprète, est elle-même une ancienne idole. Elle connait par cœur les gestes, les codes et les attitudes particulières façonnées par la relation entretenue avec les fans. Le réalisateur était en quête de cette authenticité, que seule une véritable idole possède, pour incarner cette culture très spéciale.

Kei, interprété par Yuki Kura, est la parfaite antithèse de Mai. Il est à mille lieues de l’univers scintillant des idoles. C’est un indépendant qui se produit lui-même et vit dans son van. C’est cette liberté empreinte de sincérité et de fantaisie qui va attirer Mai et la faire basculer. Kôji Fukada voulait signifier cette dissonance entre originalité et formatage. Il a choisi un mime pour rendre hommage à ses idoles à lui, comme Charlie Chaplin, qui ont su capter la poésie du spectacle de rue et lui donner sa puissance cinématographique.

Love trial est un film qui oscille entre un rythme assez lent et des moments plus dynamiques et bariolés lorsque l’on voit le groupe des idoles sur scène. Il montre comment les choix personnels peuvent changer une vie. Mai, qui décide de retrouver son autonomie et se réapproprier son indépendance, fait face à une certaine solitude. Sa victoire judiciaire est comme un accouchement dans la douleur. Il n’est nul besoin d’être fan de pop nippone pour apprécier le film, qui avec lucidité et cruauté, décortique les tenants et aboutissants d’un phénomène japonais qui cache une poussière de duplicité sous un tapis de paillettes.

Anne Le Cor

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