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DES FLEURS POUR TOKYO de Danzuka Yuiga

Les transformations incessantes de la grande mégapole de Tokyo font ici écho aux difficiles transformations d’une famille. Un premier film aux très belles images, avec une mise en scène subtile qui rend le récit intrigant.

DES FLEURS POUR TOKYO de Danzuka Yuiga. Japon, 2025. Avec Kenichi Endo, Haruka Igawa, Mai Kiryu, Kodai Kurosaki. Festival de Cannes 2026, sélection Quinzaine des cinéastes.

Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France

Dès les premières scènes, le spectateur est pris à parti, cherchant à deviner, dans ce qui se passe à l’écran, ce que le réalisateur veut nous montrer. Peu à peu, dans un de ces restaurants sans âme d’une aire d’autoroute, la caméra isole une famille, deux enfants, un père architecte, une mère au foyer, en partance pour une superbe villa en bord de mer. Dans ce moment idyllique, la famille explose et on la retrouve éparpillée dans Tokyo 15 ans plus tard. Danzuka Yuiga, jeune réalisateur japonais dont c’est le premier long-métrage, fait un parallèle entre l’urbanisation et la transformation galopante de cette grande métropole, et les bouleversements et le délitement de la cellule familiale traditionnelle.

Non seulement la mise en scène garde tout au long du film cette retenue par rapport au récit, impliquant et surprenant souvent le spectateur mais le réalisateur brouille aussi les indices temporels. Ainsi le grand projet d’urbanisation du père est montré, dans ce qui semble être un même laps de temps, à tous les stades de sa construction, des premières ébauches en maquette à son appropriation par les habitants branchés de Tokyo, en passant par l’évacuation des sans domicile fixe du parc où ils trouvaient refuge.

Ce trouble des spectateurs rappelle celui des habitants des grandes mégapoles face aux changements incessants des villes – dont on n’a pas toujours conscience. Il fait aussi écho aux changements imperceptibles dans les relations familiales, le présent ayant toujours sa source dans le passé, les séparations et les distances n’effaçant pas l’amour qui été autrefois bien réel. Dans cette famille disparue, il reste pourtant des détails qui les relient inconsciemment, comme la couleur jaune, celle des gants, des sacs banane ou des pulls, déclinée en plusieurs tons mais que tous portent. De même, la présence mystérieuse de la mère est une évidence pour tous, comme dans ces grandes villes où on est sans cesse ballotté entre les fantômes du passé et les constructions les plus récentes.

Alors que le film est une célébration de la ville de Tokyo, le réalisateur prend le temps d’insister sur les feuillages, les arbres et les fleurs, comme une respiration au milieu d’une urbanisation foisonnante et tentaculaire. Dans la sensibilité japonaise, la nature a un côté sacré. Danzuka Yuiga évoque ainsi une dimension spirituelle, sans doute renforcée par le mystère dont il enveloppe chacun des personnages, notamment les trois femmes. Alors que les deux personnages masculins, le père et le fils sont les plus présents à l’écran, les femmes restent une intrigue pour le spectateur.

Portrait d’une ville moderne et en mouvement, et d’une famille maladroite qui ne sait pas comment se retrouver, Des Fleurs pour Tokyo célèbre avec grâce nos racines affectives et historiques.

Magali Van Reeth

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