Parce qu’elle a participé spontanément à un rituel religieux traditionnellement réservé aux hommes, une jeune femme – que beaucoup méprisent – va trouver en elle des raisons de croire qu’une autre façon de vivre est possible. Une savoureuse »passion » contemporaine.
DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA de Teona Strugar Mitevska. Macédoine/Belgique/Slovénie/France/Croatie, 2018, 1h40. Avec Zorica Nusheva. Sélection officielle Berlinale 2019, prix du jury œcuménique.
Critique de Magali Van Reeth, SIGNIS France
Dans les paysages délabrés de la Macédoine, Petrunya est une jeune femme un peu enveloppée. Elle a 32 ans, un diplôme en Histoire et pas de travail, ce qui l’oblige à vivre encore chez ses parents. Le logement familial respire la pauvreté, comme tout le reste de la petite bourgade de Stip où ils vivent. A la recherche d’un éventuel travail très alimentaire, Petrunya est à nouveau humiliée lors de l’entretien. Tout à son chagrin, elle bouscule un rituel orthodoxe et doit affronter les réactions haineuses de toute une communauté.

Avec un scénario orignal, ancré dans sa région d’origine, Teona Strugar Mitevska déroule les 24 heures épiques qui bousculent autant le personnage principal que son entourage. L’actrice Zorica Nusheva (qui vient du théâtre comique) est de tous les plans et on est vite subjugué par sa présence et la finesse de son jeu qui rend bien réelle sa transformation de fille méprisée en femme radieuse.
On est tout à fait dans l’époque actuelle : c’est à travers les réseaux sociaux que le geste de Petrunya prend de l’ampleur et la journaliste de la télé locale venue pour filmer un moment de folklore, tente de la convaincre d’en faire une revendication féministe. Son acharnement à faire du scoop la fait passer à côté de l’essentiel. Chargés à la testostérone, les jeunes gens dépouillés de leur trophée ressemblent plus à une horde de néo-nazis qu’à de fervents communiants soucieux de protéger les valeurs chrétiennes. Jouant le pouvoir du sacré contre le politique, le pope tente de faire plier le maire qui préférait rester dans le camp de la laïcité pour aller se coucher. Tout le ton du film ne manque pas d’humour.
A la première lecture, le film de la réalisatrice Teona Strugar Mitevska est un joli plaidoyer féministe où, dans une société encore un peu figée dans ses traditions, la place des femmes est encore au bon vouloir des hommes. Le rôle ambiguë de l’église orthodoxe, encore très liée au pouvoir politique, est aussi mis en avant. Mais un autre regard permet aussi de voir une savoureuse transposition contemporaine d’une passion autour d’un personnage christique, d’où le titre du film.
Petrunya est celle qui bouscule les traditions, celle sur qui on va cracher, celle à qui on prête un nouveau vêtement, celle pour qui le procureur devra se déplacer et dont la foule haineuse demandera la condamnation. Reprenant quelques éléments graphiques de la peinture classique, la réalisatrice décline aussi quelques thèmes de l’iconographie religieuse : baptême, annonciation et même un arbre de vie sur le papier peint d’un mur du commissariat.
Quelque soit l’interprétation, plus on avance dans la nuit, plus on questionne et harcèle Petrunya, plus elle est déterminée à ne pas désavouer son geste, à ne pas renoncer à »sa croix ». Peu à peu, la lumière qui l’éclaire devient plus chaude, plus lumineuse, plus aimable et c’est une femme belle et transformée qui, au matin, dira au pope qu’elle n’a plus besoin d’un objet, aussi beau soit-il, pour croire en son bonheur, elle a trouvé bien mieux…

Au Festival de Berlin où le film était en compétition officielle, Dieu existe, son nom est Petrunya a reçu le prix du jury œcuménique, avec la motivation suivante : »Le jury œcuménique attribue son prix à une parabole moderne, Dieu existe, son nom est Petrunya, pour son portrait audacieux d’une jeune femme méprisée qui devient une militante des droits de la femme. Lorsque Petrunya participe spontanément à un rituel orthodoxe exclusivement masculin, en attrapant une croix jetée dans une rivière par un prêtre, elle brise les traditions religieuses et sociales. Son refus initial de rendre la croix libère sa force intérieure face aux conventions institutionnelles et révèle Dieu en elle. »
Magali Van Reeth

