Dans un village oublié du Yucatán, Lena, 68 ans, une veuve solitaire, croise le chemin de Leon, 62 ans, un indien Maya gardien des secrets de la nature et des esprits. Lena trouve en Leon un compagnon inattendu.
COSMOS de Germinal Roaux. Suisse/Mexique/France. 2025, 2h30. Avec Angela Molina, Andres Catzin. Ours de cristal Berlinale 2025.
Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France
Le réalisateur suisse Germinal Roaux a imaginé une rencontre hors du temps entre ces deux personnes, opposées dans la hiérarchie sociale au Mexique, mais réunies par la solitude d’un âge avancé. Alors que l’un est encore confronté à la question non résolue de la reconnaissance des terres, l’autre est la représentante d’une élite sociale aux références économiques et culturelles occidentales. Le conflit de classe sociale va se transformer en une rencontre grâce à la vulnérabilité de la vieille dame.

Ces deux personnages parlent peu. Leon connaissant les vertus du silence propres à la méditation, confère une consistance aux mouvements des âmes et des corps. Leur rapprochement prend une dimension émouvante de pudeur, notamment quand Leon accompagne Lena dans son épiphanie intime. L’humilité et la communion très forte de Leon à l’égard du monde naturel permettra à Lena d’accepter paisiblement son cheminement vers la fin de vie en se réinscrivant dans le milieu naturel qu’elle a certainement toute sa vie renié et repoussé.
D’un côté, Lena est plus intellectuelle et cartésienne, mais en même temps elle n’a pas les outils sensibles, pour accepter la vie telle qu’elle est. En tant qu’ancienne professeure de littérature, elle a beaucoup lu mais elle est démunie devant ce qui arrive. De l’autre côté, Leon semble le plus vulnérable, mais en même temps il est le plus fort, parce que c’est quelqu’un qui a une confiance absolue dans les cycles de la vie et de la nature. Dans le film, Leon nous amène à méditer avec cette phrase magnifique : « dans le vent, dans le chant des oiseaux et dans les branches des arbres, qui libèrent leurs parfums que nous percevons. Tout cela est Dieu ».
La photographie est en noir et blanc. C’est un choix esthétique qui est devenu la signature de Germinal Roaux, aussi bien dans son travail de photographe que dans celui de cinéaste. Pour ce réalisateur, le noir et le blanc ne représentent pas seulement une question esthétique mais un mode d’expression avec lequel il entretient une très grande proximité car il nous aide à montrer l’intime. Pour lui, dans le cinéma en noir et blanc, il y a une sorte de reflet de notre propre intériorité. Cela rejoint le défi qui l’anime dans l’acte de création, à savoir la possibilité de se rencontrer soi-même, au travers de l’œuvre d’art.
Cosmos est traversé de questions existentielles et spirituelles : que faisons-nous de la vieillesse, de la fragilité, de la solitude ? Quelle place accordons-nous aux plus pauvres, aux peuples oubliés? Comment regardons-nous la création en tant qu’ un don à accueillir et à respecter ? Ce film réaffirme l’engagement du réalisateur pour un cinéma poétique explorant la condition humaine. Pour Germinal Roaux, l’empreinte la plus sereine et la plus apaisante de Cosmos était le désir de faire ce film « pour nos cœurs blessés ».
Conte philosophique sur la vieillesse, histoire d’un dépouillement, lien de fraternité essentiel à toute vie humaine, Cosmos nous invite à méditer sur la dignité de toute personne humaine, sur cette communion qui unit les êtres. Le réalisateur nous « enchante », après Fortuna (2017) avec un nouveau poème entièrement tourné dans la jungle mexicaine en langue maya et espagnole. Ce film est une prière.
Philippe Cabrol

