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LA GRAVIDA de Marine Atlan

Le temps d’un voyage scolaire à Naples supervisé par leur professeure, les lycéens d’une classe de terminale font leur propre apprentissage de la vie.C’est un long métrage métaphorique et suggestif, un récit d’apprentissage qui dénote un vrai sens de l’écriture et de la mise en scène.

LA GRAVIDA de Marine Atlan. France/Italie, 2026, 2h25. Avec Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Guérin. Festival de Cannes 2026, sélection Semaine de la Critique.

Critique de Philippe Cabrol, SIGNIS France

Œuvre ample et visuellement enchanteresse, La Gradiva ouvre son récit sur des photographies de Pompéi : corps et paysages figés dans la cendre, comme si toute mémoire humaine n’existait plus qu’à l’état de traces. Cette entrée en images installe immédiatement la tension centrale du film : entre vie et pétrification, désir et disparition. On voit aussi d’anciennes photos de famille : celles prises devant une villa liée à l’histoire familiale du jeune Toni, l’adolescent qui sera longtemps le point de repère du spectateur. Toni n’est pourtant qu’un personnage parmi beaucoup d’autres.

En effet, d’emblée, trois lycéens se détachent au sein de la classe. Toni se révèle être le cancre de la classe, un jeune gay qui ne sait pas de quoi son avenir étudiant sera fait, et s’est mis en tête d’enquêter sur le passé napolitain de sa famille maternelle. Jame, son meilleur ami, est aussi brillant élève qu’il est un insatiable séducteur. Suzanne, la première de la classe, est évidemment réservée, préférant se perdre dans ses lectures que de plaisanter avec ses camarades. La cinéaste emploie ces trois archétypes pour mieux écarter les clichés, et s’en tenir à l’authenticité tragique de ses personnages.

À l’écran, il se passe quelque chose de l’ordre de la magie pour faire exister, avec une intense crédibilité, cette classe en déplacement, loin de ses repères habituels. Ces jeunes sont pleins de vie, et le récit prend le temps de nous les faire rencontrer, sous le soleil, arpentant la ville, mangeant une glace, écoutant la professeure raconter Pompéi sous les cendres en l’an 79, devant le Vésuve couvert de fumerolles.

La gradiva signifie en latin « femme qui marche ». Pour son titre, Marine Atlan dit s’être inspirée d’une nouvelle de Wilhelm Jensen, sur un archéologue obsédé par un bas-relief. D’une certaine manière, il est justement question d’obsession dans ce film. A Naples et ses alentours, chaque élève est comme ensorcelé. S’y déchaînent, au gré d’amples séquences d’une justesse sidérante, les passions des protagonistes, tant dans la parole polyphonique que dans la solitude extrême.

La Gradiva est une fresque qui fait dialoguer avec maestria le sacré et le profane et révèle une bande de jeunes comédiens vierges de tout expérience à l’écran et confondants de justesse, de vérité et d’intensité. La réalisatrice adopte une sobriété réaliste, au plus près des visages pour saisir ces existences encore hésitantes. La sensualité y apparaît dans ses premiers frémissements : brute, maladroite, traversée de blocages et de silences. Avec la richesse de ses intuitions sur le désir, la mémoire, le pouvoir, la transmission,  La Gradiva se concentre sur l’humain et des enjeux de l’ordre de l’articulation entre monde de l’adolescence et monde adulte.

On est suspendu non seulement à la beauté de la photo, mais aussi à l’originalité des plans, qui saisissent aussi bien les séismes internes des personnages que les versants du Vésuve ou l’attitude des femmes sur une fresque. Et on se laisse porter par la justesse des dialogues et par la force du propos. Pour sa première réalisation, Marine Atlan réalise un film aussi envoûtant que percutant, à la fois teinté d’une douce amertume et d’un message de vie qui inspire.

Philippe Cabrol

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